Son et lumière : frictions avignonnaises

dans Fest. Avignon 2013

Une pièce de théâtre est une œuvre qui demande un certain investissement de la part du spectateur. Ce dernier va, au prix d’hectolitres de sueur bravement déversés, consentir à affronter l’absence de climatisation et à s’affranchir du quotidien pour s’immerger dans l’œuvre qui lui est racontée. Pendant un moment, le seul monde qui existera sera celui qui se déploie sur scène.

Pour ce faire, notre intrépide individu devra s’appuyer sur deux frontières ESSENTIELLES. D’une part, la frontière entre le monde extérieur et la salle de théâtre qui, scellée de manière appropriée, permettra de vivre la pièce comme un véritable voyage dans un univers alternatif. D’autre part, la frontière entre le public et la scène qui, éclairée autrement qu’avec les pieds, permettra au spectateur de se sentir comme partie d’un tout sans pour autant empiéter sur l’univers qui lui est proposé. Ce sont ces deux limites symboliques qui vont permettre de vivre un ailleurs de fiction.

Enfin, tout ça, c’est sur le papier, hein.

Comme vous le savez probablement, le Festival d’Avignon est un environnement chaotique où les stimuli visuels, sonores et olfactifs s’entremêlent dans un tourbillon continu et frénétique qui renverrait sans peine une bande-annonce de Michael Bay à la case neurasthénie. Au milieu de ce ballet dantesque qui abrite une prolifération ahurissante des compagnies de théâtre et des lieux de représentation, force est de constater que les contingences logistiques ne sont pas tout le temps… optimales. Oui, j’aime pratiquer l’euphémisme.

Il n’est en effet pas toujours facile pour les compagnies, dans le feu du festival, de s’accommoder de conditions parfois au mieux difficiles, au pire ingérables. Résultat de négligence ou de malchance, beaucoup se retrouvent donc, une fois sur place, à devoir jongler avec une insonorisation approximative des lieux et un matériel lumière aux performances donnant des sueurs froides au MacGyver le plus affuté.

Pour le spectateur, cet état de fait revient parfois à un jeu de roulette russe. Assister à la représentation d’une œuvre dramatique poignante alors que l’on entend distinctement une reprise de la Macarena pour quatuor de djembés devant l’entrée du théâtre, ça la fout un peu mal. Paradoxalement, le théâtre devient alors un effort de solidarité commune : le spectateur souffre pour les comédiens parasités par les interférences extérieures et tente de leur faire sentir qu’il est là, volontaire, leur offrant son bienveillant soutien et son inefficace éventail.

Le Festival, c’est donc aussi ça. Un slalom entre les œuvres et l’événement. Une friction permanente entre ce qui devrait être et ce qui est. Au milieu de ce combat pour préserver l’intégrité des œuvres représentées, il est parfois difficile pour le spectateur d’éviter les mauvaises surprises. Mais, au même titre que les bonnes, ne font-elles pas partie intégrante de toute expérience festivalière qui se respecte ?

François Theurel.

Quelques mots sur l’auteur :

Après avoir étudié les rapports entre diffusion numérique et cinéma à l’Université d’Avignon, François Theurel s’est mis à faire des chroniques  de films de genre sur Youtube sous le sobriquet du Fossoyeur de Films. Ayant affuté son coup de pelle, il revient ce Juillet dans la Semioteam car, mine de rien, le festival d’Avignon et ses démoniaques affiches lui ont manqué.

https://twitter.com/FrancoisTheurel

http://www.youtube.com/user/deadwattsofficiel

 

 

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