Forum d’Avignon : culture(s) de l’immatériel

dans Forum d'Avignon 2013

Un fait : aujourd’hui, les pratiques culturelles évoluent à vitesse grand V. Et ce qui permet ce changement, c’est avant tout la possibilité pour les individus de s’extirper de plus en plus de certaines contingences matérielles.

On a pu le voir lors de la table ronde de Vendredi modérée par Pierre Lescure : les terminaux numériques personnalisés ont modifié notre rapport direct aux contenus culturels. En quelques années, on est ainsi passé d’une notion d’achat de biens à une notion de service d’accès. Au milieu de cette infinité de choix qui s’offre désormais à l’individu, le rôle de la prescription devient plus que jamais essentiel. Et là encore, les frontières semblent s’être déplacées : les algorithmes et réseaux sociaux, qui permettent de mettre en relation les différents contenus culturels dont l’individu sera amené à faire l’expérience, ont ainsi supplanté les instances « traditionnelles » de prescription (journalistes, critiques, supports physiques, etc.).

Mais ce que l’on oublie un peu trop souvent, c’est qu’au-delà des pratiques, ce sont bien les référents culturels eux-mêmes qui évoluent de pair avec les nouvelles dimensions de l’immatériel. 

Là encore, la table ronde mentionnée précédemment nous en a fourni une bonne illustration, notamment lorsque l’idée de contre-culture y a été discutée. Il en est ressorti que l’appréhension « classique » des contre-cultures, au sens où on l’attribuait par exemple aux artistes de la beat generation, a volé en éclat avec l’avènement de l’ère numérique. Les contre-cultures, traditionnellement, se placent en opposition à un système idéologique dominant, mais aussi et surtout à la partialité de ses réseaux de diffusion. Une contre-culture est techniquement marginalisée par un système qui lui refuse la visibilité dont elle a besoin. L’accessibilité aux outils numériques a complètement changé la donne en bouleversant les modalités d’accès à cette visibilité, puisque la diffusion illimitée des contenus est désormais accessible à tous. L’idée de contre-culture n’étant plus définissable selon les mêmes zones d’opposition, elle est donc devenue une notion presque exclusivement historique.

Ce qui ressort de tout ceci, c’est qu’entre l’immatérialité des nouvelles pratiques numériques et l’immatérialité-même de représentations très mouvantes, débattre de la culture aujourd’hui s’avère plus que jamais complexe. Ça a été le défi de cette édition 2013 du Forum d’Avignon : dans ce contexte de bouleversement global de nos « êtres » culturels, ne pas se cantonner à des déclarations d’amour passionnées mais finalement un peu vaines à l’idée-même de culture, mais plutôt commencer à ancrer ces discussions dans de véritables amorces de projets, ce qui laisse plutôt confiant quant à l’évolution de l’évènement.

Rendez-vous en 2014 pour la transformation de l’essai ?

François Theurel

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