Les jeux Olympiques des municipales, par Héloïse Daoui

dans Medias, Télévision, Vie politique et medias

A l’occasion des élections municipales, Héloïse Daoui a regardé les soirées électorales sur TF1. Elle nous livre ses impressions, pour le Semioblog.

Nous voilà au lendemain d’une semaine chargée en réflexions et débats, dans une période où la politique paraît tendue. Comme vous le savez tous, vous, bon citoyens de France, Dimanche 23 et 30 Mars 2014, ont eu lieu les élections municipales de toutes les villes, villages, bourgades, et autres faubourgs de vos petits coins de paradis personnels, où vous avez élu vos maires respectifs.

Bien sûr, les médias n’ont eu de cesse de relater les différents évènements de ces deux dernières semaines. Cela méritait bien un petit retour en arrière, histoire de faire le point sur les éditions spéciales  de TF1, présentées par Claire Chazal et Gilles Bouleau.

Plein les mirettes

L’aspect visuel est à la hauteur de l’importance symbolique de ces élections : de grands volumes, des hauts plafonds, des lignes de compositions qui se coupent et s’entrechoquent, des écrans géants, des projecteurs ajustés façon « one man show ». Bref, On pourrait confondre avec The Voice. On le sait TF1 ne lésine pas sur les moyens pour donner de l’envergure à ses plateaux. Heureusement, la chaîne reste cohérente dans les codes couleurs, bleu, blanc, rouge pour parler du régime démocratique français. De plus, la table massive au milieu prend environ le tiers du plateau et évoque le sérieux.

Bleu, blanc, rouge

Les invités sont donc répartis avec les différentes sortes de droites (UMP, FN, UDI…) et de gauches (EELV, PCF, PS) de chaque côté, et attention, la délimitation s’impose. Rappelons que nous ne sommes pas dans n’importe quelle forme de dialogue mais qu’il s’agit d’un débat où les divergences et les mésententes se bousculent. Mais la convergence d’idée n’est pas loin ! Du moins… c’est ce que la table tente de nous dire avec ses extrémités en forme de flèche qui ramènent vers ce grand rond illuminé au centre, point névralgique de la table.

Le costume est de rigueur pour messieurs, et Claire Chazal est très élégante. Au deuxième tour, elle s’impose et contraste (avec différentes teintes de blanc), avec son co-présentateur tout de noir vêtu. Décidément, elle fait les choses bien, elle reflète dans sa manière de s’habiller la nuance de ses propos, tout comme le blanc cassé. Derrière elle, l’écran est rose-rouge la plus part du temps (certain penseront « couleur des filles ») et derrière Gilles Bouleau : du bleu (avec une pointe de scepticisme on pourrait penser à la théorie des genres…). Derrière eux : la France se dessine, les résultats tombent. Tout ceci pour nous expliquer qu’ils seront les juges égaux et impartiaux des discussions qui vont suivre, bien qu’il soit parfois difficile de respecter cet engagement, la promesse est lancée.

Un débat mais pas de dialogue

Les invités se suivent mais ne se ressemblent pas : certains restent plus longtemps que d’autres, Marine Le Pen par exemple prend place quelques instants alors que Jean-Luc Mélenchon reste sur le plateau. Au premier tour encore, Rama Yade s’impose dans le débat avec des phrases simples et courtes qui reflètent ce que les Français ont voulu exprimer à travers leur vote ou leur non-vote d’ailleurs. Mais concrètement, on voit bien qu’il y a un paradoxe qui s’opère entre l’environnement qui incite au dialogue et les invités qui ne s’écoutent pas vraiment parler. On se fait de grand sourire et on s’envoie des pics, on parle plus fort que son adversaire et en même temps pour lui couper la parole, on se rejette la faute les uns sur les autres… C’est un peu comme si, nous étions entrés dans une cage aux lions où que nous assistions à un combat de coqs. Le débat prend un ton burlesque  (Mélenchon nous dira d’un ton moqueur. « Vous vous vantez de faire mieux qu’eux ? ») Mais qui donc aura le dernier mot ?

Mais les spectateurs peuvent souffler quand on passe le relais aux équipes réparties en France : on voit des reporters dans des salles de mairies ou les QG politiques. Et en bas de nos écrans, des bandes défilent avec les classements et pourcentages, comme au Jeux Olympique de Sotchi. On peut voir qui arrive en tête, qui est le second et qui prend les dessus. Le concept qui en ressort est équivalent à une notion de défaite et de victoire. C’est la course à celui qui emportera un maximum de villes et qui obtiendra plus de notoriété. On aurait pu aussi, parler des maires sans partis qui défendent leur ville par conviction personnelle mais non, cela ne nous intéresse pas, voyons !

Alors, lorsqu’on en arrive à la deuxième et dernière édition, que le suspense est insoutenable, que les votes ont été clos et que l’huissier de justice arrive sur le plateau pour remettre l’enveloppe à Nikos Aliagas (pardon, on s’y perd !), c’est à ce moment, que le décompte se fait, bien gros, bien rouge en plein milieu de l’écran. « Attention, il ne reste que 1 minutes 47 secondes avant (la fin du monde) de savoir qui sera le prochain maire de votre ville enfin si vous avez la chance qu’elle soit suffisamment peuplée et importante pour qu’on en parle, sinon vous n’en saurez rien ce soir.

Et puis c’est le déferlement des résultats. D’abord en écran principal pour les villes où de grands changements ont étés mesurés, puis en bas de l’écran pendant que l’on énumère en quantité et non pas en qualité l’influence des partis qui prônent fièrement autour de la table. Et puis on se questionne sur les « pourquoi » et les « comment » de la réussite ou non du gouvernement en place.

Un message confus

L’abstention est l’un des sujets phares de la soirée, on se questionne sur ces « électeurs non citoyens » qui ont donné leur voix aux autres qui ne votent certainement pas le bon parti. Tout ceci sur un fond de mélodie musicale qui ressemble à celle de la météo et on découvre les pourcentages un peu comme les températures de la semaine.

Ce qui semble omniprésent, tant dans le fond que sur la forme, c’est l’impact d’un message qui aurait été envoyé par les Français. Tous semblent d’accord pour dire que beaucoup d’entre nous se sentent exclus du système alors même que nous en sommes l’essence.

Finalement la différence entre les partis et les idées qu’ils défendent sont à peine audibles. Les protagonistes brouillent leurs propre discours et le téléspectateur se retrouve noyé dans un océan vanité. Ce téléspectateur-citoyen qui, peut-être, n’est pas allé voter.

Héloïse Daoui.

Héloïse Daoui est étudiante en Sciences de l’information et de la communication à l’université d’Avignon. Vous pouvez la suivre sur Twitter par ici : @Hollydawi

 

A lire aussi

DMPP #8 – Pourquoi Noël commence de plus en plus tôt ?

Les marchés de Noël font le bonheur des médias et les séries de Noël commencent dès le début du

En lire + ...

YouTube comme lieu d’expression du chercheur, l’expérience de « Des médias presque parfaits » et la question de la vulgarisation scientifique

Le 10 novembre dernier, nous avons participé au colloque « Youtubeurs, Youtubeuses » organisé par l’équipe de recherche Prim à l’université

En lire + ...

DMPP #7 – Médias, pourquoi il faut ABSOLUMENT s’en préoccuper ?

Il y a une urgence, celle d’une éducation aux médias pour tous. Les médias concernent chacun d’entre nous, et

En lire + ...

Laissez un commentaire :

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Mobile Sliding Menu