L’étonnante Colombe Pringle dans « La Nouvelle Edition », par Tom Lavit

dans La Nouvelle Edition Canal+

Pour quelques jours encore, le Semioblog analyse La Nouvelle édition, diffusée en clair sur canal + à 12h20. Aujourd’hui, Tom Lavit s’intéresse à Colombe Pringle.

Dans cette émission où règne le dialogue débridé et où chacun, chroniqueurs et invités, est libre de s’exprimer, qui plus est au moment où il le désire, Colombe Pringle est un personnage qui se détache des autres chroniqueurs de La Nouvelle Edition. Elle semble présenter un aspect paradoxal, entre timidité et emphase, discrétion et révolte. Elle s’engage personnellement sur les sujets qu’elle aborde lors du temps accordé à sa chronique, mais cette prise de position très forte cesse pour tomber dans le silence durant le reste de l’émission.

Dès son arrivée dans l’émission en septembre 2013, le tempérament de la chroniqueuse provoque des échos mitigés auprès des internautes. Certains sont plus orientés que d’autres, sur le réseau social Twitter, un message – plutôt neutre – posté le 2 septembre résume bien les premiers commentaires qui ont été postés : « Bon Colombe Pringle a un avis sur tout ». Il semble bien que oui, et finalement ce n’est pas pour déplaire au public. Car malgré que certains tombent dans la vulgarité, les messages ne sont que, au fur et à mesure, de plus en plus élogieux. Cette prise de position, qu’elle plaise ou déplaise, est surtout le trait de personnalité majeur qui symbolise Colombe Pringle.

Ces prises de paroles sont toujours très engagées, elle transmet ses sentiments, nous fait part de ses avis. L’utilisation du sarcasme lui procure l’image d’une personne forte qui ne se laisse pas embrigader par quelconques propos. Au cours de sa chronique, sa prestance évolue de manière crescendo, parfois pour aller jusqu’à la révolte. Cette puissance de discussion a été très bien illustrée lors de l’émission du 10 avril dernier, durant laquelle elle présentait une annonce de vente pour un appartement luxueux et par conséquent, hors de prix. Lorsqu’elle présente les caractéristiques de ce logement -de 18 pièces ! La chambre principale avec une surface de 130m², deux chambres de 50m² pour les domestiques ! Le ton monte, elle affiche clairement son indignation.

En parallèle de l’agitation dont elle est prise lors de sa chronique, il semble que Colombe se renferme, que la révolte s’apaise et ainsi le combat s’efface. Durant le reste de l’émission, elle devient alors très discrète et ne prend quasiment jamais la parole. Pourtant les autres chroniqueurs se la coupent, se la volent et se la rendent, la prise de parole dans La Nouvelle Edition ressemble à un jeu  possédant très peu règles. Geste de politesse ou timidité soudaine ? Colombe ne se prononce plus avec autant de vigueur au point où, lorsqu’elle est elle-même interrompue, elle ne reprend pas sa phrase : Plan caméra sur Colombe qui ouvre la bouche, mais c’est la voix d’Ariel qui est entendue, la caméra se tourne vers lui, et finalement revient sur la chroniqueuse qui se réfugie alors dans le silence.

Même sa place sur le plateau semble modéliser ce paradoxe. Un choix de la production est fort étonnant : elle est la seule chroniqueuse à se déplacer sur le plateau de façon inaperçue (à la différence des invités ou de Pierre-Emmanuel Barré, par exemple). Il n’est pas rare de la voir comme transplaner d’un côté ou de l’autre de la table afin de laisser plus d’espace à l’invité placé entre Ali Badou et Babeth. Ce déplacement frôle parfois le burlesque : Au cours d’une même émission, elle est tout d’abord assise sur la droite de Babeth, puis elle peut alors disparaître de l’autre côté car deux invités sont présents en même temps. Les quatre chroniqueurs sont donc un peu serrés mais cela suit une logique de courtoisie. On comprend moins bien pourquoi, lorsqu’il n’y a qu’un seul invité aux cotés de Babeth, que Colombe rejoigne tout de même l’autre côté, déséquilibrant totalement la plateau. Et elle peut dans la plus extrême situation faire ainsi plusieurs allers-retours de gauche à droite.

Ces constatations ne se valent que lorsqu’on est placé derrière son écran de télévision, car il serait intéressant pour le téléspectateur d’observer qu’elles sont les réactions silencieuses et non-filmées de Colombe Pringle, dont le feu ardent ne semble pourtant jamais éteint.

Tom Lavit.

Tom Lavit est étudiant en deuxième année de Licence Information et Communication à l’Université d’Avignon.

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