« Faire le Festival d’Avignon », par François Theurel

dans Fest. Avignon 2014

« Faire un festival ». Voilà une expression très souvent utilisée, sans pour autant que l’on se questionne réellement sur son sens. Mais alors, qu’est-ce donc que « faire un festival », bouillonnant lecteur ?

Le choix du verbe n’est pas innocent. On pourrait dire « vivre », « participer à » ou encore « se fader » un festival, mais non. On le « fait », au même titre que Jean-Paul, le technicien plateau suant qui vient de se prendre un projecteur sur l’orteil droit en salle 4 et désapprouve fortement ce début d’article. Le festivalier n’est pas un être passif : par sa présence et ses activités, il participe à construire l’événement… et force est de constater que le Festival d’Avignon en est probablement le meilleur exemple. Pourquoi ? Patience, frétillant arpenteur numérique, j’y viens.

Quand on dit « festivals de l’été », on pense généralement à ceux qui se déroulent sur une temporalité assez réduite – du genre 3-4 jours – dans un espace spécifiquement dédié à l’événement. Mais si, vous savez, ces festivals qui proposent une densité anormalement élevée en marcels H&M, ballons Bob l’Éponge et citations non assumées de Wikipedia. L’immersion y est totale car l’expérience est courte et coupée du monde extérieur. Avec le Festival d’Avignon en revanche, on a affaire à une situation sensiblement différente : une temporalité beaucoup plus longue – presque un mois – et un festival superposé à la vie quotidienne de la ville dans laquelle il se déroule. Doit-on en conclure que l’immersion y est moindre ? C’était une question rhétorique, pointilleux énergumène, mais tu es attentif et on ne te la fait pas : la réponse est bien entendu « pas du tout ».

Au Festival d’Avignon, les pièces de théâtre ne sont pas les seules attractions. Avignon EST sa propre attraction. Quelque part, on pourrait presque faire l’impasse totale sur le théâtre et tout de même avoir la sensation d’avoir « fait » le Festival. Car cet événement, c’est avant tout une atmosphère. J’irais même jusqu’à dire un état d’esprit, que diable, n’ayons pas peur des mots. Et par-dessus tout, un état d’esprit très contrasté, puisque le Festival d’Avignon est tout autant façonné par les festivaliers et les compagnies que par les avignonnais qui le « subissent ». Ainsi, que serait cette expérience sans la sempiternelle prise de tête à 3h du matin avec Gisèle, 62 ans, résidente de la rue des Lices désireuse de dessouder du festivalier à coups de calibre 32 dans le fondement ? Pas la même chose, je vous l’accorde. Cet espace-temps à part montre que l’entité festivalière est tellement immersive dans son essence qu’elle surmonte le fait d’être « diluée » dans le mois de Juillet avignonnais. Le Festival parvient ainsi à toucher tous ceux qui l’arpentent, quel que soit leur rapport au théâtre, et à construire un tout unique et étrangement cohérent à partir de leurs différentes expériences. « Faire le Festival » revêt alors un sens très large, celui d’une expérience commune de vie. « Faire le Festival », c’est faire partie d’un écosystème où chaque élément a un rôle à jouer, même involontairement. Donc merci Gisèle. 

François Theurel

Quelques mots sur l’auteur :

Après avoir étudié les rapports entre diffusion numérique et cinéma à l’Université d’Avignon, François Theurel s’est mis à faire des chroniques  de films de genre sur Youtube sous le sobriquet du Fossoyeur de Films. Ayant affuté son coup de pelle, il revient ce Juillet dans la Semioteam car, mine de rien, le festival d’Avignon, il aime bien le « faire ».

https://twitter.com/FrancoisTheurel

http://www.youtube.com/user/deadwattsofficiel

 

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