« Manuel de survie à l’usage du touriste en période de festival », par Marie-Caroline Neuvillers

dans Fest. Avignon 2012, Fest. Avignon 2013, Fest. Avignon 2014

 

Cette année j’ai décidé d’être mature et sage. A Avignon pendant le Festival la population a en général la très mauvaise idée de tripler, ce qui est stupide parce que la taille de la ville reste la même. C’est comme essayer de fourrer une tente quechua dans un paquet de smarties : Impossible.

Du coup, j’ai la mauvaise idée de m’énerver contre les touristes, les tracteurs, les gens qui distribuent le journal La Terrasse, et les vieilles.

Ca m’use les nerfs, ça ne sert à rien, et personne ne me prend au sérieux parce que de toute manière j’ai la voix d’une enfant de 5 ans. Et les gens prennent rarement une enfant de 5 ans qui crie au milieu de la rue des Lices au sérieux.

Cette année donc, j’innove, et j’ai décidé que le touriste serait mon ami, que je ne ferais pas exprès de lui indiquer la mauvaise direction dans la rue et que je ne ferais plus semblant de parler tchèque quand il essaiera d’avoir une conversation avec moi. Attention lecteur retiens ton souffle : CETTE ANNEE JE SUIS SOCIABLE.

J’ai donc tenté de voir le festival et plus globalement Avignon de façon sociable, et surtout à travers les yeux de quelqu’un qui y mettrait les pieds pour la première fois : inutile de te dire lecteur que c’est pas beau à voir. Du genre à lâcher une portée de chatons sur une nationale pendant les grandes vacances.

Donc, de façon sociable j’ai fait un mode d’emploi, pour tenter de mettre le touriste en garde contre la jungle avignonnaise.

1)   L’embouteillage de piétons : Pendant le mois de juillet si tu as le toupet de circuler en voiture dans le centre ville les gens t’insultent et te jettent des choses. Parce que la voiture c’est pas bobo alors que le festival c’est bobo et que tout le monde s’en tamponne le coquillart que tu bosses à Trifouillis sur la Sorgue, parce que bosser pendant le Festival c’est pas bobo non plus. Tu circuleras donc à pieds avec tes jambes flageolantes et dégoulinantes de sueur en raison des 40° ambiants. Cependant, prend garde à l’embouteillage de piétons qui peut se déclarer n’importe où et n’importe quand et pour des raisons parfois obscures : Une affiche, un tracteur, le mec qui distribue La Terrasse, un pigeon… Peu importe, le touriste pile devant n’importe quoi. Ce qui a en général pour effet de voir ta tête être projetée contre le dos transpirant d’un autre touriste et d’avoir au même moment quelqu’un qui écrase ta tong, ton talon et ta colonne vertébrale. Une fois que tu t’es cogné contre son débardeur Decathlon le touriste se retourne généralement pour t’engueuler parce que « tu ne regardes pas où tu vas » même si tu allais tout droit. L’embouteillage peut durer des heures, et tu peux rester là, agonisant au milieu de la rue des Teinturiers, essayant d’avaler ta propre sueur pour ne pas mourir de déshydratation.

2)   Le Mec qui distribue le journal La Terrasse : C’est un sale fourbe. Il n’a qu’un objectif : Te refiler un truc plein d’encre, plus lourd que ton poids en annuaire téléphonique. Comme c’est un pari presque impossible, La Terrasse n’engage pas n’importe qui : Des gens qui ont suivi un boot camp pendant des mois et qui ont été recalés à la Légion Etrangère parce qu’ils étaient trop dangereux. N’essaie même pas de lutter : Si tu l’aperçois, pars. En courant. Les yeux fermés. En secouant très fort tes mains pour qu’il ne puisse rien mettre dedans. Le mec qui distribue La Terrasse peut être une fille qui distribue La Terrasse : Ils seront tous les deux pas dégueu à regarder, ils auront un air innocent de chiot affamé, alors qu’en vrai ils veulent juste te mettre n’importe où, dans tes mains, ta bouche, une oreille, un truc de 80kg dont tu auras tout le contenu imprimé sur le corps au bout de 5 mn (rapport à la chaleur et aux embouteillages de piétons.)

3)   La Vieille : On en parle ? Rappelle-toi… (clic, clic, clic) Elle a pris un an de plus, je te raconte pas la violence. Hier encore, je me suis fait agresser par un spécimen particulièrement dangereux muni d’une casquette à visière fleurie et chaussée d’une paire de Scholl des années 80.

4)   La poussette : Sous prétexte qu’après une soirée un peu arrosée elles sont allées acheter leur Clearblue qui s’est révélé positif il y a 18 mois, certaines ne voient absolument pas où est le problème quand ton visage se décompose après que leur Chicco t’ai broyé sauvagement le pied. Il y a quelques mères de famille qui sous leur air affable utilisent en effet leur poussette pour se venger de la frustration de ne dormir que 3h par nuit depuis presque 2 ans. L’air impérial de Moïse ouvrant la mer rouge, elles écartent les embouteillages de piétons en n’ayant pas la moindre pitié pour les orteils qui éventuellement traineraient encore dans tes tongs. A la rigueur, si tu es rusé et courageux tu peux les suivre de très très prés pour passer plus rapidement sur les trottoirs.

5)   Le Programme du OFF : Son poids n’est pas si éloigné que ça de celui de La Terrasse. Il fait de toi une proie facile pour les tratcs, mais pire que les tratcs, pour les comédiens qui jouent dans des pièces aux noms inspirant la joie genre « J’ai bu du cyanure après avoir sacrifié le chat » qui veulent t’en mettre plein la vue en te jouant un morceau du spectacle ou simplement en t’en parlant. Oui parce que parfois le comédien ne sait pas QUAND s’arrêter. Ca peut durer des heures, il se fiche que tu sois au milieu de la rue des Teinturiers, que tu sois en train d’essayer de survivre à un embouteillage de piétons, ou que quelqu’un vienne de t’arracher une tong : IL PARLE. Et parfois, parce qu’il parle beaucoup justement et comme il fait très chaud, son haleine est proche de l’odeur de la fourne d’ambert. Une seule solution alors : Faire le mort. Jette-toi à terre subitement.

6)   La Cagole : C’est une des rares espèces à survivre même au Festival, pourtant très éloigné de son habitat naturel. La cagole a généralement essayé d’être soit très blonde soit très brune, mais dans tous les cas, elle a raté sa couleur. Elle met des vêtements beaucoup trop moulants, histoire de ne pas rater un bourrelet. Et pour être sûre que tu la vois, souvent ce sont des fringues fluo associées à une teinte léopard. Tu penses qu’elle parle avec l’accent du sud, mais non, rassure toi, ce n’est pas ça l’accent du sud. A vrai, dire la cagole communique en poussant des cris très stridents ou grâce au bruit que produisent ses dents sur son malabar. Elle traine des pieds, voire elle chaloupe si elle a sorti ses plus beaux escarpins à talons de 18 cm  à paillettes issus directement de la collection dessinée par Cathy Guetta. Le seul endroit où la cagole n’est pas dangereuse, c’est au bar : Servie bien fraîche avec des tartines de tapenade.

Voilà touriste. Ce n’est pas grand chose, seulement quelques bases. Mais je dois aussi te prévenir que si tu viens cuver sous mes fenêtres en chantant à 4h du matin comme tous tes potes de l’année dernière ou que tu dis « en Avignon » avec un air très supérieur, je ne réponds plus du tout de ma sociabilité.

Marie-Caroline Neuvillers.

Ce manuel a été initialement publié lors des éditions précédentes, il reste cependant valable pour l’édition du festival 2014. N’hésitez donc pas à suivre les conseils de Marie-Caroline, et aussi à la suivre sur Twitter : clic, clic, clic.

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5 commentsOn « Manuel de survie à l’usage du touriste en période de festival », par Marie-Caroline Neuvillers

  • BAUMET Monique

    Je viens de lire votre article sur les touristes au Festival avec énormément de plaisir et j’ai fait une belle partie de rigolade.

    C’est excellent et criant de vérité !! Merci beaucoup pour cette analyse si pertinente et amusante de la faune festivalière !! J’étais en ville hier après-midi et je m’en suis rendue compte par moi-même… J’ajouterai seulement qu’on a aussi un bel étalage de jambes, d’épaules et de bras couleur coquelicot, émmergeant de mini-short et mini-débardeur, qui doivent faire le bonheur des fabricants de Biafine.

    D’ailleurs au bout de ces bras, on trouve toujours des cornets de glaces dégoulinants que j’ai peur de me prendre dans le dos ou sur la figure même si le parfum ne me plait pas.

    Ceci dit, Comme j’aime cette ambiance, je prends tous les risques et j’y vais quand même !!!!
    A très bientôt ici !

  • Marie-Caroline Neuvillers

    Je suis bien d’accord pour les glaces et contente que l’article vous plaise!

  • Astrid de Bérail

    True story! Bravo miss !!

  • La Ruche d'Avignon

    Bien vue ! 🙂

  • Il faudrait effectivement procéder à une EXTERMINATION MASSIVE de tous les gens (en général parisiens, mais pas que…) qui disent « EN Avignon » !

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