Quentin, Woody, Steven et moi : le cinéma au théâtre

dans Fest. Avignon 2014

Quentin, Woody, Steven et moi, c’est l’histoire de Fredo, un éternel ado qui gère le dernier vidéoclub VHS de France (et parle très fort). N’ayant de toute évidence pas un énorme sens des réalités technologiques de 2014, le bougre se voit logiquement contraint de fermer le dinosaure qui lui sert de boutique. Au même moment, sa femme Clotilde le plaque, excédée par l’irresponsabilité de son conjoint et le fait qu’il semble préférer le cinéma à la vie. Face à ce double choc, Fredo va se remémorer leur vie commune, bien entendu étroitement mêlée à d’innombrables souvenirs de cinéma.

En tant que saltimbanque 2.0 dont la principale activité consiste à faire des chroniques de cinéma, vous imaginez bien que la thématique « cinéma au théâtre » avait tout pour m’intéresser. J’ai donc préféré éviter le syndrome « bande-annonce » en me renseignant au minimum sur la pièce avant de m’y rendre : quand on a soi-même un rapport passionné au cinéma, mieux vaut ne pas se laisser parasiter par trop d’attentes.

Résultat de cette roulette russe caniculaire : une très bonne surprise.

Si vous cherchez une expérimentation sur les formats qui transcende le genre théâtral avec une mise en scène de cinéma, vous êtes au mauvais endroit : sur la forme, Quentin, Woody, Steven et moi est une comédie très classique qui ne s’embarrasse pas d’une mise en abime trop lourde. Tout au plus, quelques scènes filmées par les comédiens viennent apporter une touche d’originalité assez bienvenue, mais laissent presque frustré que cette démarche hybride n’ait pas été poussée plus loin. Toutefois, là n’est pas la démarche de la pièce. Quentin, Woody, Steven et moi nous parle avant tout des imaginaires de cinéma et de leur influence sur nos vies, souvent beaucoup plus importante qu’on ne le pense. En résulte un récit à la fois enlevé et touchant, toujours agréable à suivre et ce, malgré quelques petites maladresses inévitables, notamment en matière de name dropping. Ainsi, lorsque l’on construit un texte à ce point autour de références cinématographiques, l’enjeu principal est d’arriver à ne pas perdre certains spectateurs. Dans le doute, l’auteur Nicolas Maury décide de mitrailler dans tous les sens, en zigzagant constamment entre références pointues et gros pans de cinéphilie grand public. Malgré le risque très présent de saturation du procédé, il s’en sort pourtant remarquablement bien et trouve un équilibre qui, s’il n’est pas toujours parfait, permet à tout le monde de s’y retrouver.

Mais l’aspect le plus intéressant de Quentin, Woody, Steven et moi réside peut être, plus que sur scène, dans la salle. Il a été fascinant pour moi d’observer à quel point le public illustre à merveille le propos de la pièce : constamment à l’affut d’un souvenir, d’une référence ou d’une opinion cinématographique partagée, chaque spectateur a réagi à sa manière et à son rythme à tous les bouts d’imaginaire distillés par le texte de Maury. Le véritable entrecroisement entre théâtre et cinéma se trouvait peut être là, au milieu de l’obscurité. Et il va sans dire que je suis très content d’en avoir fait partie.

François Theurel.

Jusqu’au 27 Juillet à 14 h 20 au Théâtre des Béliers : clic, clic, clic.

Quelques mots sur l’auteur :

Après avoir étudié les rapports entre diffusion numérique et cinéma à l’Université d’Avignon, François Theurel s’est mis à faire des chroniques  de films de genre sur Youtube sous le sobriquet du Fossoyeur de Films. Ayant affuté son coup de pelle, il revient ce Juillet dans la Semioteam pour nous parler de théâtre.

https://twitter.com/FrancoisTheurel

http://www.youtube.com/user/deadwattsofficiel

 

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One commentOn Quentin, Woody, Steven et moi : le cinéma au théâtre

  • Merci François pour cette critique qui touche le producteur de cette pièce que je suis
    Elle compte d’autant plus que votre expertise en cinéma est connue et apprécié par Nicolas Maury
    Je serais ravi de discuter avec vous des contours de la pièce autour d’un verre de fin de festival que nous organisons dimanche soir!
    si vous pouvez être des nôtres, nous garderons votre pelle au vestiaire !
    Bien a vous
    Alexandre Vanadia

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