Le Vinvinteur, une émission participative, par Mathilde Layec

dans Medias, Télévision

Ouvert aussi aux « sémiologues en herbe », le Semioblog diffuse des courtes analyses d’émissions de télévision. Aujourd’hui, Mathilde Layec, étudiante en info-com à l’université d’Avignon, nous parle du Vinvinteur.

 

le-vinvinteur_44635508_1

 

Réseaux sociaux, site internet participatif, Le Vinvinteur s’était donné tous les atouts pour faire une émission la plus interactive possible, et pourtant…

Le Vinvinteur est une émission qui a été diffusée du 14 octobre 2012 au 26 mai 2013 sur France 5, le dimanche à 20 heures. Elle est animée par Vinvin, alias Cyrille de Lasteyrie, réalisée par Henri Poulain, parrainée par Antoine de Caunes et coproduite par France 5 et Story Circus. Elle n’a pas été reconduite à la fin de la première saison et faisait entre 150 et 230 000 téléspectateurs, aux mêmes horaires que les journaux télévisés sur TF1 et France 2. Lors de la toute première émission, diffusée exclusivement sur le web, Vinvin explique que « c’est le premier magazine qui réfléchit à notre vie connectée, Internet, les réseaux sociaux, les nouveaux comportements, et notre avenir dans ce bazar numérique ».

Une promesse d’interactivité

Le Vinvinteur propose de nombreuses rubriques traitant de l’actualité numérique et du web. Il y a tout d’abord « La revue de Veb » qui présente l’actualité du web et des nouvelles technologies, « Le dossier de la semaine » qui explique un phénomène internet (les trolls, le copyright, les hackers, le sexisme sur internet…), « L’interview de l’expert » avec un professionnel du domaine abordé dans « Le dossier de la semaine » pour approfondir le sujet, le « vebshow » un débat par webcam interposées dont les extraits sont retransmis durant l’émission, une rencontre avec une personnalité pour discuter de son rapport avec Internet et la « Vebsérie » qui est une saynète écrite par des internautes. Les coulisses de l’émission sont diffusées comme intermède entre chaque rubrique. Vinvin présente son émission devant un fond blanc, grimé en un personnage différent chaque semaine et débite son texte, une GoPro fixée sur la tête.

Mais pourquoi cette mise en scène ? La réponse se trouve dans la promesse de l’émission, à savoir l’interactivité avec le public. En effet, Le Vinvinteur veut pousser le plus loin possible la participation des téléspectateurs/internautes dans le déroulement de l’émission. Ils peuvent choisir le costume de l’animateur par le biais d’un vote sur le blog du Vinvinteur, envoyer une photo de leur animal pour qu’elle soit diffusée dans l’émission, écrire la « Vebsérie » et venir la jouer. La GoPro sur la tête du présentateur est là pour montrer l’envers du décor – en même temps qu’il présente le programme. Il y a cette idée de la transparence avec le public car vu qu’il participe, il peut voir comment se construit l’émission.

Promesse tenue

La participation du téléspectateur est donc plus poussée que la prétendue interactivité à laquelle d’autres programmes aspirent. En effet, nombreuses sont les émissions qui diffusent les réactions des internautes qui font un live-tweet. Cependant, pendant la diffusion de The Voice par exemple, jamais on ne verra un tweet dépréciatif, seront diffusés à l’antenne uniquement des commentaires à propos de la magnifique voix du chanteur, sur le bon choix de la chanson ou encore sur la motivation à voir tel ou tel candidat gagner. Cette interactivité entre le programme et l’internaute content de ce qu’il regarde est limitée car jamais ce dernier ne pourra influencer le déroulement de l’émission par ses commentaires sur Twitter. Le seul moyen de le faire est de voter en envoyant des SMS évidemment surtaxés, on tombe alors dans une logique mercantile et non plus dans l’intérêt gratuit qu’une émission peut porter à ses téléspectateurs.

Pour Le Vinvinteur, nous sommes dans un cas très différent car sans participation du téléspectateur, il n’y a pas d’émission en elle-même. Certes, certaines rubriques ne dépendent pas de leur commentaire, comme « Le dossier de la semaine » ou les interviews avec les divers intervenants car il serait utopique de penser qu’une émission puisse être intégralement décidée par le public dans la position actuelle des chaînes de télévision vis-à-vis des audiences, de la cohérence des programmes et du dispositif de création des émissions hebdomadaires. C’est sûrement pour cela que Le Vinvinteur est diffusé sur France 5 et non pas sur une autre chaîne. En effet, France 5 est la chaîne du documentaire, de la compréhension du monde et de ses enjeux à travers de nombreux types d’émissions et laisse une belle part d’initiative aux nouveaux formats. Sur le site de France Télévisions, on peut la voir définie comme « osant sortir des sentiers battus pour satisfaire et surprendre tous les publics ».

Le Vinvinteur sort des sentiers battus en s’attardant sur des sujets peu médiatisés : la culture du web, des comptes Twitter fakes aux lol cats en passant par 4chan et la surveillance numérique. Cependant, l’émission n’est pas uniquement destinée aux geeks, aux connaisseurs pointus et aux insomniaques drogués à Internet, comme le montre l’audience du programme (entre 150 000 et 230 000 téléspectateurs). Elle est accessible, traite de manière claire et à grand renfort d’images ces sujets actuels pour que chacun puisse les comprendre et ainsi visualiser leurs impacts dans la vie numérique quotidienne.

Une émission, plusieurs écrans

Pour aider à cette compréhension, de nombreuses voix s’expriment sur les différents sujets : l’expert invité pour clarifier « Le dossier de la semaine », l’invité people qui parle de sa relation au numérique mais aussi les invités du débat du « Vebshow ». Ce débat est particulier car ce n’est qu’un extrait qui est diffusé au montage de l’émission. Pour le vivre en entier et même y participer, il faut se connecter le mardi à 17 heures sur le site de l’émission. Se déroule ensuite un débat entre de nombreuses personnes spécialistes de la question ou tout simplement concernées qui peuvent se parler et échanger leurs opinions via leur webcam.

Ce « vebshow » montre bien les limites de l’émission car elle ne peut pas tout diffuser. Ainsi, le blog du Vinvinteur est là comme support du programme : les dossiers y sont plus approfondis et on y peut retrouver tous les extraits des émissions – non pas en replay pour une semaine comme avec les autres programmes – mais définitivement. De plus, durant l’émission, on remarque de nombreux liens inscrits en bas de l’écran, renvoyant aux articles complétant le sujet.

En conclusion, on peut dire que Le Vinvinteur était une émission connectée, participative, qui prenait en compte l’avis de ses téléspectateurs/internautes pour mettre en place le programme et son déroulement. Cette émission est peut être celle qui correspond le plus à la définition de l’interaction télévisuelle avec le public mais son unique saison nous interroge sur la possibilité de la télévision de sortir des dispositifs classiques et de proposer des programmes vraiment participatifs.

Mathilde Layec.

Pour retrouver Le Vinvinteur, c’est par ici : clic, clic, clic.

Mathilde Layec est étudiante en Licence 2 Information Communication. Plutôt imaginative, elle souhaite travailler dans la création publicitaire. Vous pouvez même la suivre sur Twitter (clic, clic, clic).

A lire aussi

Migrants, la tragédie de notre siècle

Le sujet est dramatique et urgent, ils sont trop nombreux sur ce « putain » de bateau. Au plus près de

En lire + ...

Les tambours de la vie

Au premier temps de la pièce, Adrien Lepage ne vit que pour une chose : la batterie. Il sourit. À

En lire + ...

« Avant que j’oublie », les liens qui nous lient

  C’est une jeune femme qui chaque dimanche va voir sa maman, C’est une maman qui est atteinte de

En lire + ...

Laissez un commentaire :

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Mobile Sliding Menu