Faire le festival, ou le dilemme des Avignonnais

dans Fest. Avignon 2015, Fest. Avignon 2016

Hidden cat

Etre Avignonnais pendant le festival d’Avignon, c’est comme être Tropézien au mois d’Août où Hollywoodien le soir des Oscars : tu sais que c’est en train de se passer à quelques mètres de chez toi, mais tu hésites.

Tu vois les touristes ou les festivaliers se jeter sur le programme du OFF comme un footballeur islandais sur le ballon mais toi tu hésites. Tu peux le faire, et rien qu’à l’idée de pouvoir le faire, tu prends ton temps. Et tu emmerdes le reste du monde.

Ton choix est le suivant : vais-je aller intra-muros me confronter aux 40 degrés ambiants alors que je n’ai même pas acheté de pansements pour mes ampoules, vais-je supporter de porter 54870 tracts, OU ALORS, vais-je préférer rester au frais le cul dans ma piscine ? HEIN ?

Bien évidemment, ton choix est vite fait : le premier week-end, tu restes le cul dans ta piscine.

Mais plus les jours passent, plus tu te sens un peu comme un enfant gâté, un sale môme qui peut acheter tous les bonbons du magasin, qui hésite entre les fraises Haribo où la réglisse. Du coup, tu culpabilises. Tu vas boire un café place Pie et ça n’arrange pas ton cas car là, tu vois un couple AU TAQUET en train de faire sa programmation pour les 3 jours qui leur reste : ils se disputent, car Monsieur préfère le Stand Up, tandis que Madame ne quittera pas cette ville sans avoir vu la pièce d’Israël Horovitz. Damned.

Alors, tu essayes de déculpabiliser. Après tout, tu as ta vie ici : un boulot, des enfants, et même un mec si ça se trouve.

Tu arpentes les rues d’Avignon, et là tu tombes sur ton amie Ginette. Il faut savoir qu’à Avignon, on tombe toujours sur une amie car cette ville fait la taille du village des Schtroumphs. Là, elle te dis qu’elle viens de voir une pièce géniale, LA pièce qu’il ne faut surtout pas louper, putain tu re-culpabilises. Ça va quoi, il te reste encore vachement de temps. Et Ginette n’est pas comme toi, elle a vraiment que ça à foutre que d’aller voir des pièces géniales. Tu jettes tes 54870 tracts à la poubelle si tu en trouves une, et tu reprends ta bagnole pour rentrer chez toi. Ah non pardon. Tu rentres à pieds car pendant le festival, t’as pas le droit de prendre ta voiture.

Tu vas remettre ton cul dans la piscine.

Tu continues de bosser, tu check tes réseaux sociaux, tu vois bien qu’il se passe des trucs à Avignon, tu te dis que tu vas y aller. Bientôt.

Au bout de quelques jours, alors que tu as repéré quelques spectacles que tu as envie d’aller voir, c’est la famille qui débarque. Ils viennent du nord, à savoir d’une ville au-dessus de Valence. Ils sont contents de pouvoir dormir chez toi car « tu as de la chance d’habiter  Avignon ». Grâce à toi, ils vont aller voir des spectacles. Pendant ce temps-là, tu pourras aller faire des courses afin que tout le monde puisse dîner après « être allés au festival ».

Tu dis youpi, tu aimes la vie, tu chantes la vie.

Et nous arrivons à une semaine de la fin du festival. OH NOM DE ZEUS. Il te reste à peine une semaine pour tout voir c’est affreux. D’autant que tu as toujours ton boulot, tes enfants voire ton mec-si-ça-se-trouve. Tu n’as plus qu’à te jeter dans le festival comme un fan d’Apple sur la iWatch. Dans un geste de désespoir, tu réserves partout où tu peux réserver. Tu réalises qu’il n’y a plus de place pour les meilleures pièces, alors tu te retrouves rue de la République, à voir un one-man-show interprété par un type « vu à la télé ». Comme tu n’as pas pu faire garder tes gosses, tu les emmènes avec toi même si tu sais que ce truc n’est pas de leur âge. De toutes façon, ils vont dormir pendant le spectacle grâce à la clim, et tu considères que payer 14 euros pour tes nains pour qu’ils dorment une heure finalement c’est pas si mal, c’est toujours ça de gagné.

Tu rêves de mettre ton cul dans ta piscine.

Nous sommes à la fin du mois de Juillet, tu essayes de faire bonne figure mais au fond de toi c’est mort. T’as les boules comme Sarko le soir du 6 mai 2012. Mais comme lui, tu penses que tu l’auras, ta revanche. Toi festivalière ? Tu prévoiras ton agenda. Toi festivalière ? Tu n’accueilleras plus la famille en Juillet. Toi festivalière ? Tu laisseras les enfants à leurs grands-parents. Toi festivalière ? Tu sais que les promesses n’engagent que ceux qui les croient.

Virginie Spies.

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