Isabelle Huppert, Sade et le mistral

dans Fest. Avignon 2015

Huppert Avignon

Il y a du beau monde en ce jeudi 9 Juillet dans la Cour d’Honneur du Palais des papes. Autour de moi et par ordre d’entrée en scène, Cécile Helle, Olivier Py, Louis Schweitzer en pull à col roulé jaune, Emmanuel Ethis, Valérie Pecresse, etc. Mais la star qui va donner le ton de la soirée est déjà dans la place depuis ce matin : LE MISTRAL.

Isabelle Huppert entre en scène. Elle est ici pour la lecture d’un montage de des deux textes de Sade montés par Raphaël Enthoven : Justine ou les Malheurs de la vertu et L’Histoire de Juliette ou les Prospérités du vice.

L’actrice est confrontée au problème de mistral et au début, on ne voit que ça. On se demande comment elle va s’en sortir avec son texte dans les mains car on a le sentiment que le seul but de ce vent fou est de l’empêcher de tourner les pages on de lui en faire sauter une. On se dit qu’il lui aurait fallu une tablette tactile, on envie de l’aider.

Au fur et à mesure, le mistral s’invite comme un acteur et Isabelle Huppert se joue de lui. Tour à tour, la comédienne est Justine, puis Juliette. Plus qu’une lecture c’est une interprétation talentueuse où l’on vit avec la narratrice (les narratrices) les déboires de Justine et les aventures de Juliette.

Le texte est judicieusement agencé. Il nous permet de mesurer la dichotomie entre le bien et le mal et nous rappelle, si c’était nécessaire, l’art de Sade qui dans ses choix lexicaux se jouait des points de vue, se plaisait à nous emmener du côté du mal, toujours vainqueur.

Le vice triomphe sans cesse.

Il faut croire en la justice de Dieu.

Il ne faut penser qu’à son propre intérêt.

Dieu est tout puissant.

Les Hommes sont pervers.

Et le cœur dans tout ça ?

Le vice et la vertu ne peuvent exister que par la relation duelle qu’ils entretiennent l’un par rapport à l’autre. Indissociables, ils sont les deux faces d’une même pièce. Ils sont en nous-mêmes, tout comme Juliette et Justine qui ne forment peut-être qu’une seule et même personne.

La lecture s’achève. Louis Schweitzer a retiré son col roulé. Isabelle Huppert a enfin réussi à enfiler sa veste malgré le mistral. Je ne sais si le vice triomphe sans cesse, mais j’ai eu la preuve que la littérature et le théâtre au service de la réflexion peuvent vaincre la folie des éléments.

Virginie Spies.

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