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À l’heure du numérique, quel avenir pour la presse hebdomadaire régionale ? par Ugo Moret

13 novembre 2012 Pas de commentaire

Cela fait quelques étés que je travaille dans un titre de la presse hebdomadaire régionale. Ce titre tente d’opérer des changements afin de se moderniser, notamment à travers la création d’un site web et une diffusion dématérialisée.

Un constat

La presse papier souffre depuis quelques années d’une baisse de ses chiffres de vente. Les exemples nationaux ne manquent pas. L’an dernier, France Soir a arrêté de publier son édition papier pour devenir un pure player avant de mettre la clef sous la porte cet été. La Tribune a connu elle aussi le même sort et c’est aujourd’hui Libération qui semble sur la sellette (clic, clic, clic) après une année difficile et le retrait de LVMH comme annonceur. Même si cette tendance semble s’être calmée en 2012, suite à une année riche en informations grâce notamment aux élections présidentielles, l’avenir parait de plus en plus sombre pour la presse papier. Seule la presse magazine, souvent spécialisée, semble moins souffrir de cette situation.

Au niveau régional, le constat est moins violent, mais reste alarmant. Ouest-France, Nord-Éclair et Les Dernières Nouvelles d’Alsace ont connu respectivement des baisses de 1,18%, 3,25% et 2,11% au cours de l’année 2011. La chute la plus lourde étant enregistrée pas La République du Centre, dont le tirage a chuté de 16,56% en 2011 toujours (clic, clic, clic). La faute à un modèle économique devenu instable, bouleversé il y a quelques années par l’arrivée de l’information gratuite sur nos ordinateurs, mais aussi en version papier avec Métro ou 20 minutes.

Il y a cependant une presse dont on parle peu dans les médias, la presse hebdomadaire régionale. Plus marginale, elle est tout de même forte de plus de 250 titres en France. Les tirages sont souvent plus petits, leur diffusion est moins grande et leur zone de couverture souvent très ciblée. Si la situation de cette presse s’est améliorée au début des années 2000 avec un accroissement des ventes et du chiffre d’affaire général, (clic, clic, clic) ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui. En 2011, aucun titre n’a été créé, et ces deux dernières années,  il y a eu plus de disparitions que de créations. Cette filière, encore considérée par certains comme l’un des derniers bastions de la presse écrite à résister à la crise, sera-t-elle la prochaine sur la liste ?

Utiliser le web, la solution ?

Le web s’est posé à la fois comme le tueur et le sauveur de la presse quotidienne régionale et nationale. Cela a obligé la quasi-totalité des titres de presse de disposer d’un site web. Ce qui n’est pas un souci en apparence. Seulement voilà, le web a un coût, il faut embaucher des personnes supplémentaires (webdesigner, nouveaux journalistes…) et du matériel (caméras, trépieds, micros…). Et si cela est un problème mineur pour certaines rédactions, ce n’est pas le cas pour d’autres titres de la presse hebdomadaire régionale, avec un budget souvent plus petit.

Nous sommes en 2012, le web n’est plus nouveau, alors pourquoi ne pas y être passé  avant ? Parce que cela ne s’imposait pas. Sur lemonde.fr, Pierre France, fondateur de Rue89 Strasbourg explique que «La presse régionale n’est pas allée assez loin dans l’exploitation des outils d’internet» (clic, clic, clic). C’est notamment ce que j’ai pu constater en travaillant dans un hebdomadaire régional, la transition est lente, parfois difficile et pas toujours comprise, il est en effet compliqué d’expliquer à un journaliste qui n’a pas grandi avec internet qu’il va devoir apprendre à se familiariser avec de nouveaux outils parfois complexes.

Le problème du public

Mais surtout, le public de la presse hebdomadaire régionale est un public particulier, en moyenne plus âgé que celui de la PQR et de la PQN. La PHR a beaucoup de mal à se renouveler et à attirer un nouveau lectorat. Le contenu de ces journaux relate l’activité des clubs du coin, des associations, des décès, mais ne s’étend sur le national ou l’international comme le font Le Dauphiné et Le Progrès. La PHR a une particularité, elle est créatrice de lien social. C’est un contenu ultra-local qui n’intéresse pas vraiment les jeunes populations. Et c’est justement ces jeunes populations qui utilisent internet.

On appelle cela la fracture numérique générationnelle. Une majorité d’adolescents et de jeunes adultes a accès à internet ou l’utilise, tandis que les populations plus âgées, qui n’ont pas grandi avec et n’en ont pas eu besoin professionnellement, se sentent moins concernées. Les choses évoluent, ces deux études (clic, clic, clic) datent de 2000 et 2002 et ont été réalisées respectivement au Canada et en Malaisie. Les mêmes tendances s’appliquent cependant en France aujourd’hui (les sont graphiques tirés du cours « TIC et société », de M. Vincent Mabillot, enseignant-chercheur à l’université Lyon II – clic, clic, clic – ).

À la génération s’ajoute la localité. Le public de la presse hebdomadaire régionale n’est pas, contrairement à la presse quotidienne, un public citadin. En témoignent les 10 titres les plus vendus de la PHR (clic, clic, clic). La présence de la localité est très forte dans ces titres, ils témoignent d’un attachement au territoire. Cela devient encore plus fort avec des titres plus petits (La vie corrézienne, Eure Infos, Le Crestois…).

Or, la province, et les zones dites plus rurales sont aussi les moins desservies et moins couvertes par les fournisseurs d’accès à internet, comme le démontre cette carte (clic, clic, clic) pour l’accès à une offre DSL dégroupée.

Pour résumer, l’internaute type a moins de 50 ans, et il est plutôt citadin. Alors que le lecteur type de la presse hebdomadaire régionale est plutôt âgé et vit dans des zones que l’on peut qualifier de rurales. De là, on voit simplement le paradoxe que rencontre la PHR dans sa tentative de modernisation. Pourquoi et comment passer sur internet, quand cela devient nécessaire mais que son public risque de ne pas suivre ? La modernisation est-elle inéluctable ? Certains journaux locaux peuvent-ils se passer d’internet pour compléter une offre papier ?

Ugo Moret.

Quelques mots sur l’auteur :

Étudiant en information-communication à l’université Lumière Lyon 2, Ugo Moret est également rédacteur occasionnel à la Tribune de Montélimar. Envisageant une carrière dans le photo-reportage ou dans la sémiologie des médias, il est parfois un peu perdu mais compte bien réussir dans les deux domaines (sans aucune naïveté). Vous pouvez le joindre sur son Twitter @UgoMoret.

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