De l’art de regarder des programmes TV sans les apprécier

dans Télévision

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Il y a quelques jours, Audrey postait sur le Semioblog un commentaire très intéressant, où elle posait la question de savoir pourquoi les téléspectateurs regardent des programmes pour les qualifier ensuite de mauvais, ou encore pour ensuite venir les critiquer à la radio… Pour moi, cette question est très intéressante et même fondamentale lorsque l’on s’intéresse aux médias. Autrement dit, qu’est-ce qui fait que l’on est capables de rester scotchés devant des programmes sans intérêt, sans pour pouvoir autant zapper vers un programme culturel ou plus intéressant ?

Il y a une dizaine d’années, lors du colloque de Cerisy sur la télévision, le chercheur Dominique Château répondait à cette question lorsque, réfléchissant à la question de la réception, il constatait que lui même, tout en désirant qu’il y ait plus de programmes culturels à la télévision, préférait regarder Derrick à la télévision (en s’endormant devant), tout en enregistrant des programmes culturels, sans pour autant les regarder plus tard… Et le constat est toujours vrai. Lorsqu’il y a un sondage à ce sujet, les téléspectateurs répondent qu’il n’y a pas assez de programmes culturels à la télévision, mais le vendredi soir, ils regardent « les 100 plus grands » sur TF1, au lieu de regarder Thalassa… Plusieurs réflexions sont ici à faire :

. Tout d’abord, il me semble que la télévision (vue d’un point de vue général) est porteuse de nombreuses promesses qu’elle ne peut tenir. On attend d’elle qu’elle nous cultive, voire nous apprenne le monde, mais lorsque nous rentrons épuisés d’une journée de boulot, nous préférons nous détendre devant un programme qui ne nous demande pas plus de deux ou trois neurones à utiliser…

. Ensuite, il y a le plaisir plus ou moins sadique à se dire « de toutes façons la télé c’est nul », et donc de participer au spectacle pour pouvoir ensuite mieux le critiquer.

. Par ailleurs, nombre de programmes ne sont peut-être pas si nuls qu’on voudrait le dire, et nous retirons un plaisir simple de la fiction, en regardant par exemple une série policière dont on connaît absolument tous les rouages. Les personnages nous sont familiers, et, comme des membres de la famille qu’on apprécie, il y a du bonheur à les retrouver. Je vous invite à ce sujet à lire « Comprendre la télévision », ouvrage dans lequel François Jost développe cette idée. On peut faire la même réflexion au sujet des programmes de télé-crochet, lorsque l’on s’attache à tel ou tel candidat, et que l’on a envie de le suivre au fur et à mesure des semaines.

. Enfin, je pense que la réception des programmes décriés est à rapprocher de la réception de la presse people. Tout d’abord parce qu’il y a une forme de culpabilité dans la réception. La semaine dernière, j’ai « surpris » une lectrice d’un magazine people dans le métro, qui cachait soigneusement son magazine dans un autre afin de lire en toute tranquilité son magazine, sans avoir à assumer cette activité qui semblait coupable. Il y a aussi le fait que dans les deux cas, on n’y apprend jamais rien de particulier, mais on y passe un moment agréable et divertissant, on s’y amuse, et cela semble souvent difficile à assumer. J’ai été nombre de fois interrogée par des parents inquiets : « Ma fille regarde la Star Ac. Est-ce que c’est grave ? » J’ai plutôt tendance à répondre que non, et que les parents peuvent parler avec leurs enfants de ces programmes, en leur demandant par exemple pourquoi ils aiment ou pourquoi ils regardent. Ils s’apercevront que bien souvent, leurs enfants ne sont pas naïfs et qu’ils savent très bien se qui se « cache » derrière les programmes qu’ils regardent…

Si vous avez d’autres idées à ce sujet, je suis à votre écoute, avec un grand intérêt.

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