« Faites entrer l’accusé », le succès du sordide

dans Télévision

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Ce soir, l’émission Faites entrer l’accusé est diffusé sur France 2 pour la première fois en prime-time. Ce programme, habituellement diffusé en deuxième partie de soirée est un programme qui connaît le succès depuis l’été 2002. Ce soir, le sujet est l’affaire d’Outreau, avec, en deuxième partie de soirée, une émission de plateau revenant sur l’affaire, en compagnie les principaux « accusés ».

Ce genre de programme, revenant sur des grandes affaires criminelles et des faits divers sordides, prétend en premier lieu dire le vrai, en se positionnant sur le genre informatif, le mode réel. Il me semble que le succès de cette émission repose sur plusieurs facteurs :

– La mise en récit : l’émission opte pour un récit chronologique et raconte au téléspectateur une histoire, sur le monde de l’enquête et de la série policière, qui est un genre à succès à la télévision. Le héros est le présentateur, Christophe Hondelatte, et il mène l’enquête, tout en ayant un savoir supérieur à celui du téléspectateur, puisqu’il explique les faits.

– Le héros qui cherche la vérité : Christophe Hondelatte est mis en scène comme une sorte de flic solitaire, personnage se situant entre l’Instit et Navarro. Son champ lexical appartient résolument au champ de la fiction policière : il parle d’un « type », d’une « planque », des « flics »…

– Un décor de fiction : De nombreuses « scènes » son tournées dans un bureau, dans une ambiance feutrée, où se déroulent des interviews. Il y a aussi la voiture, les bords de scène (toujours la nuit), et un bar dans lequel notre héros rencontre un « expert », Dominique Rizet.

– La parole aux témoins : Souvent, on donne la parole à des personnes qui peuvent témoigner sur les affaires : il s’agit le plus fréquemment de journalistes qui ont suivi l’affaire en son temps, ainsi que des magistrats ou même des protagonistes de l’affaire. La place des journalistes est, dans cette émission, tout à fait significative dans le sens où ils jouent le rôle d’enquêteur-témoin des affaires. En mettant en scène les journalistes, on atteste du réel, on authentifie le récit et on augmente la croyance du téléspectateur.

Il existe enfin une sorte de fascination pour les récits extraordinaires arrivant à des personnes ordinaires. Cette fascination est palpable dans la réception, c’est aussi l’une des raisons du succès de Faites entrer l’accusé, qui invite le téléspectateur à une forme de voyeurisme. D’autant plus que ce dernier sait, du fond de son canapé, que tout ceci est vraiment arrivé.

N.B. : Pour plus d’infos sur cette question, voir Les cahiers du journalisme n°14, consacré aux Faits divers, mon article « Raconter le fait divers à la télévision : Faites entrer l’accusé sur France 2″

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