La mémoire des enfants de la Shoah, ou apprendre par l’émotion

dans Vie politique et medias

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Nicolas Sarkozy a proposé hier que, à partir de l’année prochaine, chaque élève de CM2 se voie « confier la mémoire » d’un enfant victime de la Shoah. « Les enfants de CM2 devront connaître le nom et l’existence d’un enfant mort dans la Shoah. Rien n’est plus intime que le nom et le prénom d’une personne. Rien n’est plus émouvant pour un enfant que l’histoire d’un enfant de son âge, qui avait les mêmes jeux, les mêmes joies et les mêmes espérances que lui », a précisé le président de la République.

S’il est normal et même indispensable que les enfants apprennent l’histoire dans une démarche compréhensive et pour mieux appréhender notre société, je trouve que cette démarche est le symptôme d’un problème inquiétant dont la société française est attente : un excès de personnalisation, un surplus d’émotion. C’est comme si désormais rien ne pouvait exister sans la personnalisation, l’attachement et les larmes. Comme si, sans le pouvoir des sentiments, rien de pouvait être appris, ni compris. La lettre de Guy Moquet témoignait déjà de cela, et nous vivons dans une société qui se fait entièrement contaminer par une logique d’attachement aux images, comme si tout empruntait nécessairement une logique médiatique : parler de la Shoah à travers un enfant, c’est comme parler de l’amour à travers une seule histoire ou d’un fou dictateur exclusivement à travers Hitler.

Le pouvoir de l’illustration peut mener au risque de la réduction. Nous ne sommes pas loin du jour où les manuels d’histoire ressembleront à la presse people, et où se succéderont des images des victimes, où l’on apprendra ce qu’elles ont pu manger de leur dernier repas… Alors on risquera de passer à côté de l’Histoire, mais on aura ému nos chères têtes blondes qui oublieront vite le nom de la victime qu’ils auront dû apprendre. Non monsieur Sarkozy, tout n’est pas image, tout n’est pas sentiment ni intimité. Et tout ne passe pas forcément par l’émotion et la compassion.

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