Barack Obama, quand la fiction rejoint la réalité, par Richard Von Sternberg

dans Vie politique et medias

Le semioblog ouvre ses écrans aujourd’hui à Richard Von Sternberg, étudiant en Sciences de l’Information et de la Communication de l’université d’Avignon. Il pose la question du rapport entre réalité et fiction. Si l’influence entre la réalité et les récits de fiction est difficile à mesurer, on ne peut, en effet, que constater que la fiction a précédé la réalité, creusant peut-être un sillon dans la tête à des téléspectateurs-électeurs, concernant, au moins, un champ de possibles. Sans prêter à la télévision ou au cinéma des pouvoirs qu’ils n’ont pas, nous pouvons cependant citer Marc Twain lorsqu’il dit que la vérité est toujours plus surprenante que la fiction, parce que la fiction doit coller à ce qui est possible, alors que la vérité, elle, n’y est pas obligée. La question que pose Richard est en fait celle de se demander si la fiction n’aurait pas crédibilisé quelque chose qui était a priori improbable dans la réalité.

Le 4 novembre 2008, Barack Obama a été élu au poste de 44ème Président des Etats-Unis d’Amérique, l’information n’a échappé à personne. La couverture de la campagne faite par les chaînes de télévision américaines a évidemment joué un rôle incontestable dans cette élection mais au-delà de l’information même, on peut  aussi se demander si la fiction que nous a jusque là proposée la télévision (notamment les séries) n’a pas rejoint la réalité.

Le réalisateur Mimi Leder avait déjà imaginé un président américain noir joué par Morgan Freeman dans le film Deep Impact, c’était il y a dix ans. Plus récemment, en 2001, ce fut au tour de l’acteur Dennis Haysbert d’accéder à la tête de la Maison Blanche avec le rôle de David Palmer dans la série 24 heures Chrono toujours diffusé sur Canal +.
Les scénaristes de ces fictions avaient-ils vu juste ? Ce sujet a déjà été évoqué en 2007 par Dennis Haysbert lors du Festival Télévision de Monte Carlo, au moment même où Obama commençait à faire parler de lui. Dans une interview accordée à Europe 1, l’acteur déclara à l’époque « J’aime à penser que quelque part d’avoir joué David Palmer a ouvert la porte pour lui (Barack Obama)  […] Peut être que mon rôle de David Palmer a fait naitre dans l’esprit des Américains qu’un président noir est une chose viable. »

Il est intéressant ici de relever l’éventualité selon laquelle une fiction télévisuelle aurait pu influencer d’une certaine manière le résultat de l’élection américaine que nous venons de vivre.

Comme l’a dit François Jost dans La télévision du quotidien, souvent, la frontière entre fiction et réalité peut être floue et reste difficle à définir. Dans le cas présent, les téléspectateurs se sont retrouvés face une fiction télévisuelle qui fut un vrai succès et qui a totalement respecté les codes qui ressortissent au fictif. Ce succès peut être en partie expliqué par le fait que bon nombre de spectateurs ont pu se « retrouver » dans 24 heures Chrono. Plusieurs éléments fictifs de la série comme par exemple la cellule anti-terroriste (branche fictive de la CIA) peuvent être associés à des objets réels (cf. Thomas Pavel), tout comme l’éventualité de l’élection d’un premier président américain noir. Cela a littéralement ancré cette série-fiction dans la réalité même de chaque américain avec l’annonce de candidature d’Obama à l’élection américaine.

Malgré la popularité mondiale de la série et donc du possible impact (conscient ou inconscient) qu’elle a pu voir sur ses téléspectateurs , l’existence du Président David Palmer n’a pas surement pas influencé le vote américain du 4 novembre mais on peut croire qu’elle a plutôt fait « naitre l’idée » qu’un jour, un Président Américain pourrait être enfin être métisse. La distance temporelle et spatiale qu’entretient habituellement le téléspectateur avec la fiction a été levée cette nuit avec l’élection de Barack Obama au pays de l’Oncle Sam.

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