La Nouvelle Star : C’est vous

dans Nouvelle Star - Edition 2009

ns-logo1L’une des clefs du succès d’émissions populaires telles que La Nouvelle Star, c’est qu’elles tentent de proposer et de présenter une image de leur public. Il est important pour ce programme de produire une forme d’identification du téléspectateur par rapport à certains participants, mais la question est aussi très large et identitaire, car il s’agit de prétendre à une forme de représentation du public visé, pour mieux l’atteindre. Dans leur mise en scène, les émissions du type de La Nouvelle Star proposent une image du téléspectateur souhaité, un portrait qui se dessinerait « en creux » une image du public idéal.

On ne le dit pas assez souvent, les médias audiovisuels possèdent une dimension anthropomorphique. Cela signifie qu’on leur attribue des caractéristiques humaines, ce qui peut se comprendre dans le sens où ces médias sont conçus par des Hommes, mais ce qui a ses limites dans le sens où il s’agit cependant d’institutions. La cause, mais aussi le résultat de cet anthropomorphisme, c’est que de chaque côté du programme, il y a des personnes qui miment une forme de communication qui n’existera jamais. En ce sens, La Nouvelle Star invite le téléspectateur à s’attacher à des personnes qui pourraient lui ressembler : La Nouvelle Star, c’est vous.

Le principe est que le téléspectateur puisse retrouver dans l’émission ce qu’il voit dans la société : des personnes qu’il aime, auxquelles il ressemble, et d’autres qu’il n’apprécie pas, comme c’est le cas de tout un chacun. Ce qui compte, c’est d’être représentatif de la société imaginée par la production de l’émission, et on y trouve presque « tout » : Toutes les couleurs de peau (black, blanc, beur of course), toutes catégories sociales ou presque, des styles différents (si l’on considère qu’il est encore possible aujourd’hui d’avoir des « styles » différents) : des petites poulettes jeunes, branchées et coiffées comme il se doit, des discrets loulous émus, une jeune fille exubérante qui ne gardera de « l’aventure », quoi qu’il arrive, « que du bonheur », ou encore l’inquiète Stéphanie qui nous énerve tant elle surjoue son personnage de jeune femme stressée. Je passe bien entendu sur tous ceux qui (nombreux) oublient les textes des chansons et ne peuvent aligner deux phrases (ça rassure), je passe sur les maigres, je passe sur les gros (ça rassure aussi).

Blague à part, le risque essentiel réside ici à réduire le programme à une image non représentative du public, et même à une forme de fiction de public. Car puisque La Nouvelle Star est une émission qui s’adresse au plus grand nombre, elle a tendance  a essayer de représenter un maximum de personnes, de tout genre et de tout type, et finalement de ne plus cibler de catégorie précise (et encore plus lorsque, comme c’est le cas pour cette saison, l’émission manque de personnages charismatiques pour agrémenter le casting). Par ailleurs, le risque consiste également à ne pas forcément garder les « meilleurs », mais peut-être ceux qui sont les plus représentatifs, et qui pourraient plaire au plus grand nombre, notamment lorsqu’il s’agira pour le public de voter.

Alors ? La Nouvelle Star c’est vous ? Oui, dans le sens où non seulement le slogan de l’émission il y a quelques semaines était de dire que « Tout le monde avait sa chance à la Nouvelle Star », et oui également si l’on considère que les candidats ayant passé la première épreuve ont pour fonction d’être représentatifs du public attendu. Il y a nécessairement plusieurs profils, plusieurs genres et une forme de parité totalement illusoire. C’est ici que ce genre d’émission est susceptible de créer des formes de caricature et c’est aussi ce qui distingue l’art de la communication, si l’on suit Deleuze lorsqu’il dit que « l’art, ce n’est pas communiquer », exactement tout l’inverse d’une émission de télévision qui a pour première mission d’être regardée, et même, dans le cas qui nous intéresse, d’être vue par un maximum de personnes, un public le plus large possible. En ce sens, même une émission comme celle-ci ne peut privilégier l’imaginaire qui préside à la réception de l’art, puisqu’il est question de vendre une forme d’interprétation préparée par avance, pour avoir un maximum de garanties quant au résultat escompté. On laisse peu de place à l’inconnu, dans le domaine médiatique.

Retrouvez également chaque semaine mes textes sur La Nouvelle Star sur le site LePost

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2 commentsOn La Nouvelle Star : C’est vous

  • « On laisse peu de place à l’inconnu dans le domaine médiatique » d’autant plus dans une émission qui s’évertue en permanence à parler de « liberté totale laissée au jury ». Trop communiquer sur un point précis, laisse souvent à l’interroger encore plus en profondeur.

    Quant à « la nouvelle star : c’est vous », c’est évident et je partage totalement votre point de vue. L’une des raisons à cela, se sentir concerné lorsque l’on regarde le programme. Se trouver un reflet (un « alter ego ») à travers la lucarne éclairée, c’est rassurer le téléspectateur en lui indiquant simplement qu’il fait partie d’un tout et que sa place dans la société existe !

    PS : bravo pour la nouvelle formule de votre site

  • Au début de votre article, vous parler de mise en scène de l’émission. Je parlerais en effet de « La Nouvelle Star » comme émission de télé-réalité fonctionnant sur le modèle du feuilleton télévisé constitué d’épisode et dans lequel des éléments scénaristes sont récurrents d’une saison à l’autre. Non seulement il y est proposé une image du spectateur souhaité mais aussi, comme vous l’avez décrit, de candidat idéalisé pour être le plus proche du produit final : des prestations à Baltard avec la plus grande homogénéité possible de voix, mais aussi d’âges, de cultures et donc de registres musicaux. Car rappelons-le, l’essentiel est de faire du « show », en mettre plein la vue aux spectateur. Le candidat(e) « élu’e) » est donc propulsé(e) au devant de la scène, il finit par devenir un(e) des héro(ïne)s de l’émission. Sa vie tout à coup est mis en lumière : par des artifices visuels entièrement fabriqués lors de la phase du montage, l’émission parvient à faire de lui(elle) une personne exceptionnelle dans laquelle on s’imagine être.

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