« La participation des médias dans l’implosion du football français » par Florian Courgenouil

dans Medias

Non vraiment, on ne s’ennuie pas. Les péripéties et rebondissements qui émaillent la vie de l’équipe de France ces dernières heures valent toutes les télé-réalités du monde. La présentation du fil de la journée dans les journaux télévisés de ce dimanche soir était proprement vertigineuse : Téléfoot d’anthologie entre les frictions Domenech-Lizarazu et les trémolos du caïd Ribéry, engueulade entre le capitaine des Bleus et leur préparateur physique, grève des joueurs et refus de s’entraîner, démission du Directeur Général Délégué de la Fédération Française de Football…

Forcément, tout ce remue-ménage anime nos médias au point de ne plus avoir l’impression d’être un dimanche. Et si la polémique est partie de la presse via L’Equipe samedi, c’est la télévision qui a pu embrayer et enchaîner à vitesse grand V les épisodes du feuilleton. Car cette fois, les images sont là pour étayer l’affaire, qu’elles soient provoquées en invitant Raymond Domenech et Franck Ribéry (même si celui-ci semble s’être invité) sur le plateau de Téléfoot face à Bixente Lizarazu et le journaliste de l’Equipe Vincent Duluc, ou bien saisies quand Robert Duverne et Patrice Evra se frittent et sont physiquement séparés par le sélectionneur.

Si la télé s’en donne à cœur joie, c’est bien sûr parce qu’elle a trouvé là une opportunité extraordinaire d’exploiter – sous un angle certes moins sportif – cette Coupe du Monde et ainsi de maximiser ses audiences. Et après la défaite des Bleus face au Mexique jeudi dernier, tout cela était inespéré. On pensait alors légitimement que le souffle de la compétition allait retomber en France avec l’élimination programmée de l’équipe nationale, et parallèlement la passion des Français. C’était sans compter sur cette implosion du groupe France.

Bien logique alors que TF1 consacre tant d’heures de diffusion à cette saison de « Loft Story » délocalisée en Afrique du Sud. La chaîne de l’équipe de France aurait eu tout le mal du monde à faire espérer la moindre chance de qualification face à l’Afrique du Sud mardi. Par contre, la passion extra-sportive est, elle, bien plus simple à entretenir, même au-delà du dernier match de la France en Coupe du Monde. La physionomie du 20h de la chaîne en était d’ailleurs symptomatique : près de 15 minutes consacrées au psychodrame national et 5 minutes pour le reste de l’actualité (composé bien évidemment d’informations bien moins importantes).

La première chaîne n’est évidemment pas la seule à se précipiter dans la polémique. Toutes s’empressent de relayer les événements, de réunir des spécialistes ou pas du football et autres consultants stars pour commenter, débattre et s’insurger. Et les langues se délient, notamment chez les journalistes sportifs qui semblent lâcher leur ras-le-bol poliment ravalé ces dernières années. « On en a marre de cette équipe de France », a-t-on pu entendre de la bouche de Julien Pasquet, journaliste qui suit les Bleus en Afrique du Sud pour i-Télé et qui fait part des difficultés rencontrées pour simplement travailler avec une équipe ultra-protégée là où les autres sélections sont disponibles pour leurs médias et leurs supporters.

La course à l’audimat n’est donc pas la seule explication à cette tornade médiatique autour de l’équipe de France. Son implosion est l’occasion pour une population de journalistes de lui reprocher ainsi qu’à son encadrement plusieurs années de relations tendues et fermées.

Le futur sélectionneur Laurent Blanc ne sera pas l’unique reconstructeur de la sélection française. L’encadrement, incarné par la Fédération Française de Football, devra bien entendu être renouvelé pour l’épauler efficacement. Le gouvernement – par le biais de Roselyne Bachelot – fait aussi ingérence dans ces affaires, mais sous quelle légitimité ? Celle des médias n’est en revanche pas discutable : ils ont besoin de l’équipe de France comme celle-ci a besoin d’eux. C’est peut-être un assainissement des relations entre deux mondes qui ne communiquaient plus qui va pouvoir s’opérer une fois les quatre vérités dites.

Florian Courgenouil.

Quelques mots sur l’auteur :

Florian Courgenouil. Amoureux des médias entretenant également une relation officielle avec la communication événementielle sans renier sa formation politiste, Florian a aussi eu des aventures avec la Normandie, le Bretagne, l’Andalousie, l’Irlande et Paris. Sa polygamie se retrouve jusque dans les blogs : http://www.lestentatives.com et http://telling-stories.fr

La coupe du monde du Semioblog

A l’occasion de la coupe du monde, le Semioblog a monté une équipe de 11 chroniqueurs qui ont pour mission de regarder ce que la coupe du monde provoque sur la société et les médias. Le Semioblog leur a donné carte blanche pour nous raconter un mois de sport populaire, de rassemblements, de business, de bonheurs et de malheurs.

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2 commentsOn « La participation des médias dans l’implosion du football français » par Florian Courgenouil

  • Belle analyse Florian, je suis plutôt d’accord avec ta vision.

    Allons plus loin, je soupçonne le groupe Amaury (L’Equipe & le Parisien) et TF1, d’avoir voulu « court-circuiter » la communication de Dominique de Villepin et sa tentative de « chiisme » UMPiste.
    Meeting dominical et Intervention sur France 2…Pschitttttt !

    Lagardère lorgne sur ce groupe…Tactiquement c’est bien vu. Ils ont montré leur vassalité, ce qui leur donnera encore quelques mois « d’indépendance » (si je puis me permettre !)

    Si la direction technique nationale était tacticienne, nous n’aurions pas ce « jeu » et donc toutes ces perturbations.
    n’aurions pas ce « jeu » et donc toutes ces perturbations.

  • Cette situation est complètement ahurissante !! Elle démontre d’ailleurs le pouvoir d’ingérence que les médias (initié par L’Equipe) exercent en s’insérant au cœur d’une compétition sportive.

    Les affaires internes existent à chaque compétition, il s’agit simplement de respecter la compétition ainsi que les joueurs et de ne surtout pas travestir sa carte de presse en mettant en une des paroles privées.

    Mais la déontologie journalistique couplée avec la gourmandise démesurée des médias font que l’on érige en affaire d’Etat une parole malheureusement qui ne devrait avoir comme ultime issue que le règlement de compte, yeux dans les yeux.

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