« Qui veut épouser mon fils ? » : un succès programmé, par Mathias Alcaraz

dans Télévision

La première diffusion de « Qui veut épouser mon fils ? », nouveau programme phare des deuxièmes parties de soirée de TF1 a fait son effet sur les audiences : 3.7 millions de téléspectateurs. Alors certes, vu comme ça, un énième programme qualifié d’une voix quasi unanime de stupide qui rassemble autant de personnes devant leur écran, ça peut choquer. Pourtant, on pouvait s’attendre à un tel succès, et ce avant même que l’émission ne démarre. Le premier épisode n’a fait que confirmer une idée déjà bien connue : un programme n’a pas besoin d’être jugé bon pour plaire.

Ceux qui ont vu la bande-annonce il y a quelques semaines se doutaient bien que ces histoires de Tanguy et de mères poules allaient buzzer, et bien comme il faut. Ce qui semble logique, lorsque l’on y voir ce Jérôme, tout droit sorti d’un sketch d’Elie Semoun, amateur de « blondes plantureuses » selon sa mère. D’ailleurs, ce dernier, ainsi qu’un autre fan des cheveux clairs, ne sont pas apparus dans le premier épisode. Se seraient-ils rétractés au dernier moment ? Pas si sûr, au vu des accusations qui fleurissent déjà sur d’éventuels acteurs. Jérôme, Cyprien de la loose, n’était-il qu’un élément de bande-annonce buzzable ? Car les vrais candidats sont somme toute plutôt stéréotypés : des personnages qu’on présente comme attachants avec un gay, un geek, un macho à l’italienne comme seuls les casteurs d’Angela Lorente peuvent en trouver, un gars de la night et un beau gosse qui ne sait plus où donner de la… tête, pour rester polis. Sur le papier, ça a l’air d’un concentré de ce que la téléréalité peu proposer de plus bateau : un club de rencontres mis en vidéo. Mais ça, c’était sans compter les mères, dont certaines pourraient même flanquer la frousse à Freud en personne.

Outre le phénomène Tanguy, prétexte de l’émission dès le générique, on assiste à une grande série de complexes d’Œdipe. Mères poules et possessives, certains plans, ainsi que le montage, appuient des ambiguïtés singulières. Sur certaines images, on se demande même si on n’a pas une cougar et son toyboy, plutôt qu’une mère et son fils. Florent et sa mère en sont un exemple troublant. C’est d’ailleurs cet aspect plus malsain qui plaît aussi, cette vision de duos fusionnels dont on a du mal à percevoir les limites. Côté grand enfant ou allusion incestueuses dissimulée : en ce qui concerne le fait que les lits ne soient pas séparés à l’hôtel, on vous laisse en décider.

« Qui veut épouser mon fils ? » a sa star. Si bien évidemment on regrette l’absence des chasseurs de fortes poitrines blondes, on s’extasie devant un duo, particulièrement savoureux, au point qu’il soit taxé de supercherie. Giuseppe, accompagné de sa mère Marie-France. Giuseppe, c’est le macho ultime. Capable de balancer du « Tu es belle » à 7 filles et « Tu es comique » à la 8eme. Un gentleman de 39 ans qui vit chez sa mère, ou plutôt chez sa cireuse de chaussures, machine à laver et repasseuse professionnelle. Giuseppe met de la gomina, et ressemble à un styliste blindé d’UV. Auteur de phrases comme « Toi, tu manges et tu te tais », amateur de poitrines énormes, le dandy macho de l’émission alimente le succès de l’émission presque à lui seul. Burlesque, le personnage tient le programme sur sa grosse tête.

Non, « Qui veut épouser mon fils ? » ne pouvait pas se casser la figure avec un contenu aussi édifiant. Parce que même si certains personnages temporisent avec leur côté touchant, ou leur côté « couche-toi là », on n’a pas le temps de s’ennuyer. Il y a toujours une fille en décolleté et mini-jupe pour redynamiser. Parce que le programme de TF1 surfe également sur la vague des woo girls. Qu’est-ce qu’une woo ? Demandons à Barney Stinson, personnage de la série déjà culte « How i met your mother » : « Sans les woo, l’industrie des paillettes corporelles s’effondrerait. Et celle de la location de limousine Hummer. (..) Et quand Brown Eyed Girl passerait au jukebox, tout ce que tu entendrais serait le silence. Et Brown Eyed Girl. ». Les woo sont nos cagoles qui crient « woo » dès que l’occasion se présente. Sur TF1, elles sont des dizaines, et bel et bien dans des limousines Hummer.

Le programme a su récupérer les éléments sources de moqueries les plus amusants : les woo, les machos, les geeks, les Tanguy, les DJ du dimanche etc. Prévisible, le succès a été au rendez-vous. Reste à savoir si l’épisode 2 suivra la même voie. A voir le buzz autour de l’émission, on peut prévoir que oui. Entre la candidate qui s’est révélée être la fille de Thierry Jérôme, l’auteur des menaces de mort envers Nicolas Sarkozy, et au vu des soupçons de changement de sexe sur Cindy la strip-teaseuse, « Qui veut épouser mon fils » a encore de quoi attirer.

Mathias Alcaraz

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4 commentsOn « Qui veut épouser mon fils ? » : un succès programmé, par Mathias Alcaraz

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  • Qui veut épouser mon fils ou l’art de s’immiscer dans les soirées entre copains! La première fois que j’en entends parler on me dit: « Regarde ce programme ça vaut le coup tu vas t’arracher les cheveux ». Au début je suis rétissente et je rétorque « Jamais de la vie ça c’est pour les bofs ». Et puis on se prend au jeu, on se rit de ces gens créant ici un buzz et cherchant une célébrité aussi incertaine que leur nombre de neuronnes. Le clou du spectacle? Giuseppe évidemment, ce macho sorti d’une autre époque qui donne aux femmes du XXIe siècle l’envie de casser leur tv, pari réussi pour TF1. Ils sont tout ce que nous ne supportons pas et pourtant à chaque coupure pub les débats sont enflammés entre les mecs qui se marrent devant « Toi, tu manges et tu te tais » et les filles indignées qui réalisent que finalement ce n’est pas gagné. Quand V. Spies regarde le programme elle au moins a une bonne excuse c’est un objet fort intéressant à analyser mais lorsque c’est moi qui regarde ce programme le verdict est sans appel: je suis une voyeuse, cible privilégiée de la télé réalité!

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