Vivre la révolution « en direct »

dans Culture et Société, Internet, Medias, Télévision

Les révolutions qui touchent la Tunisie et maintenant l’Egypte sont plus médiatisées qu’aucun événement de la sorte ne l’a jamais été. C’est tout à fait normal puisque, au-delà des tentatives de coupure des médias de la part des dirigeants encore en place, le monde bénéficie désormais d’un grand nombre de médias pour s’informer. AlJazeera, Facebook, Twitter sont les plus grands vecteurs des événements, autant que des symboles de la démocratie, signes que les choses changent, inexorablement. Il a été (trop souvent) dit qu’il s’agissait, dans les deux cas, de « révolutions twitter ». Je ne le pense pas dans le sens où si le réseau a permis ceux qui n’étaient pas sur place de rester informés, il est apparu qu’en réalité, les manifestants ont bien évidemment su se retrouver et agir sans ces réseaux. Les dictateurs ont toujours su qu’il fallait tenir et retenir les médias, leurs opposants savent se débrouiller sans eux lorsqu’il est temps qu’un peuple se soulève.

Mais c’est un autre point qui m’intéresse ici, celui de la capacité des médias à donner l’impression au public de vivre les événements en même temps qu’ils se passent. Cela n’est pas nouveau, je l’ai évoqué l’autre jour à propos de la guerre du Golfe, mais c’est toujours aussi présent, malgré les pressions pour faire fermer les chaînes, éteindre les réseaux.

Nous vivons de grands moments par le biais des médias : une finale de coupe du monde, la chute du mur de Berlin, le 11 septembre, les premiers pas de l’homme sur la lune… on a tous dans notre tête des souvenirs que nous n’avons pas vécus in situ et qui pourtant restent définitivement gravés dans nos mémoires comme si nous y étions. Aux images-souvenirs se raccrochent des sensations, des odeurs, des humeurs comme autant de sentiments du vécu. C’est de cette force dont je veux parler. Il existe dans le monde des événements si forts que les médias sont capables de les transmettre en nous donnant cette impression que nous sommes en train de les vivre.

C’est ainsi que naît le sentiment de partage : l’impression qu’en regardant cette fameuse télévision, on va vivre en même temps les événements. Bien entendu, ce sentiment est variable selon l’événement et sa mise en scène, et l’on ne peut comparer un match de foot aux événements qui se déroulent en Egypte en ce moment. Il reste cependant que seule l’association des images et des sons permette de restituer ce « sentiment de vécu » et cette impression de partager, ce « vivre avec ». Comment ne pas être saisis par ces moments de direct où nous pouvons voir sur AlJazeera des milliers de manifestants faire face aux militaires à Alexandrie ?

C’est ici à mon sens que réside ce fameux pouvoir des médias dont on parle lorsqu’il est question d’événements de cette importance. Et seule la télévision (qu’on la regarde via un téléviseur ou par Internet) est capable de donner cette sorte de communion, qui allie les images et les sons au direct, qui a le pouvoir de donner à penser que nous pouvons partager des choses avec ceux qui les vivent réellement. Le direct est un « pour de vrai » en accéléré : Nous ne nous disons pas que ces événements ont vraiment eu lieu, nous pensons qu’ils sont en train de se dérouler « sous nous yeux ». Nous devenons alors témoins des événements, qui s’inscrivent dans notre vie, et demain dans notre mémoire, voire dans nos souvenirs. Il est clair que pourtant, pour accéder à une véritable compréhension du discours audiovisuel, nous avons besoin de savoir d’où proviennent les images, de comprendre la manière dont elles sont faites, comme l’explique ici François Jost (clic, clic, clic), et ce n’est hélas, pas toujours le cas.

Les médias ont cette capacité de faire vivre à des milliers de kilomètres des événements parfois très éloignés culturellement de ceux qui reçoivent les messages. Moins que de l’information, ils donnent des sensations et nous provoquent au plus profond de nous-mêmes, avec les risques que cela comporte si nous n’avons pas accès à une information claire, car un discours ne constitue pas toujours une information, et encore moins une explication.

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