Une semaine sans les femmes, ou la télé-réalité selon France 2

dans Télévision

Montrésor est une jolie bourgade d’Indre-et-Loire, avec son clocher, sa douceur de vivre, ses petits commerces et son bistrot du coin où l’on aime se retrouver. Ses habitants sont heureux, et y coulent des jours paisibles.

Détrompez vous, vous n’êtes pas en train de regarder le journal de 13 heures de TF1, mais bien l’émission de France 2 diffusée ce mardi soir, « Une semaine sans les femmes ». Les hommes (et les enfants) sont restés au village, tandis que leurs épouses sont parties en vacances une semaine à Marrakech. Au village, le quotidien des femmes est présenté comme étant constitué exclusivement de contraintes, tandis que la « vraie vie » des hommes consiste à aller gagner l’argent du ménage à travers de nobles métiers tels que boulanger ou fermier.

Nous sommes dans un monde de clichés : Ces hommes ne savent pas faire à manger, ce sont les femmes qui se coltinent tout. Du coup, elles s’inquiètent un peu. Depuis la terrasse de l’hôtel, elles expliquent qu’ils ne doivent certainement manger « que des pâtes ».  L’émission présente par ailleurs une vision passéiste : Nulle part, on ne parle de couples éventuellement séparés, ou simplement de célibataires. Non, non : à Montrésor, les couples vivent ensemble, dans un modèle tellement traditionnel qu’aucune femme n’a jamais, par exemple, besoin de se déplacer pour son travail. La femme est vue comme une mère et une épouse qui doit tenir son rôle : elle reste bien à la maison, et c’est tant mieux, car elle aime bien « faire son ménage » (C’est son mari qui parle).

Par ailleurs, les enfants vivent cette situation totalement construite comme un jeu un peu bizarre. Ils tentent d’abuser de la gentillesse de leurs pères qui n’ont pas l’habitude de les réprimander, ils s’amusent de temps en temps de situations, ou sont tristes de vivre cette étrange mise en scène. Et cela vire parfois au pathétique, comme lorsqu’une toute petite fille est levée à 5 heures du matin par son papa, qui tente de la  rendormir dans un lit parapluie au milieu des chèvres, dont il s’occupe…

Avec de faux airs de « l’amour est dans le pré » (déjà présentée par  la même animatrice, Véronique Mounier), l’émission vire dans l’émotion facile lorsqu’un papa est très ému de savourer du temps avec ses enfants, sur une musique suffisamment triste pour tirer les larmes, si possible.

Cette émission ne fait la preuve de rien, si ce n’est qu’il n’est pas simple de tout gérer en même temps, et cela est vrai tant pour les hommes que pour les femmes. Mais ce n’est pas le propos de ce programme.

Ajoutons à cela que France 2 a prétendu avoir diffusé cette émission spécifiquement dans le cadre de « la journée de la femme », comme un hommage. Bel hommage, en effet, qu’un programme qui montre que les femmes sont indispensables pour faire la cuisine et les tâches ménagères, et qu’elles méritent, parfois, de partir en vacances. Bel hommage encore que de montrer que depuis une cinquantaine d’années, rien n’a apparemment changé dans la répartition des rôles. Bel hommage enfin, de la part du service public, que de produire et de diffuser un programme machiste, qui joue le jeu de la télé-réalité sans l’assumer.

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4 commentsOn Une semaine sans les femmes, ou la télé-réalité selon France 2

  • Hommage mérité ce matin sur France Info pour cet article d’une évidence rare, merci pour cette prise de parole contre cette caricature de la femme toujours si actuelle en 2011,qui devrait pousser chacune d’entre nous à la révolte quotidienne au bureau comme à la maison …N’oublions jamais que certaines de nos grand mères se sont battues pour acquérir des droits minimum et que nous les bafouons aujourd’hui par notre inertie!

  • vivons nous dans un monde ou la famille traditionnelle n’est plus tout a fais essentiel?
    On marche sur la tête!
    Nous avons vu dans cette émission que vous le vouliez ou non les vrais francais et ça fais du bien!
    tous les jours nous somment harceler (télé magazines) par une minorité déviante non représentative jamais rassasiée des coup assener a la dignité humaine.
    la théorie que depuis une cinquantaine d’années, rien n’a apparemment changé dans la répartition des rôles? et alors moi je ne souhaite pas conduire un tracteur ou allez travailler dans un garage et m’envoyer des tonne de ferrailles pour un patron je suis très heureuse de ma vie de femme au foyer je n’ai pas de complexe par rapport aux homme j’échangerais ma place avec eux pour rien au monde. Merci Montrésor de nous avoir représenter!

  • Bonsoir Laîla,

    Je n’ai pas voulu dire, dans mon article, que les femmes au foyer n’étaient pas heureuses, et qu’elles souhaiteraient conduire des tracteurs à la place de leurs époux.

    Il s’agissait d’un regard analytique et critique disant plutôt que cette émission n’est pas représentative d’une majorité des français. Il est fréquent aujourd’hui que les femmes travaillent, autant que leurs maris, et qu’en rentrant chez elles, elles s’occupent de leurs enfants et leur maison. Il est fréquent également que leurs maris les aident, et donc aient l’habitude de s’occuper de la vie de la maison.

    Alors je pense que France 2 a voulu raconter une histoire, une belle histoire. Si c’est la vôtre et qu’elle est belle, j’en suis ravie pour vous, et vous n’êtes évidemment pas la seule dans ce cas. Il apparait même que vous étiez certainement dans la « cible » de ce programme, c’est-à-dire que cette émission s’adressait plutôt à un public dont la vie correspondait à ce qui était raconté.

    Je vous remercie de m’avoir donné l’occasion de pouvoir préciser ma pensée.

    A bientôt,

    V.S.

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