Twitter, télévision et univers médiatique, de quoi l’affaire DSK est-elle le signe ?

dans Internet, Télévision, Vie politique et medias

 

Photographie de Edouard de Mareschal. Jeudi 19 mai. 22 h 01. (@edmareschal) : "Les journalistes hors de la salle d'audience sont rivés sur twitter".

Depuis ce week-end, « l’affaire DSK » occupe le devant de la scène médiatique. On a entendu beaucoup de choses sur le traitement de l’événement par les médias, j’ai moi-même évoqué le début de l’affaire dimanche dernier (ici et ici). Depuis, les discours ont encore évolué et nous disent un certain nombre de choses sur les médias aujourd’hui. Revue de la situation.

Une convergence des médias

Si on parle de plus en plus de twitter dans le grand public (notamment à l’occasion du « printemps arabe »), c’est aussi le signe que ce réseau social est en train de prendre de l’ampleur dans différentes sphères et en même temps que ses usages évoluent : twitter joue de plus en plus son rôle, celui d’une mise en réseau.

Ce qui se passe de nouveau depuis ces derniers jours, c’est la convergence entre les différents médias. En début de semaine déjà, les chaînes de radio ou télévision ont été rapidement contraintes de relayer les informations que donnaient les journalistes qui étaient à l’intérieur du tribunal. C’était pour ces médias le seul moyen de pouvoir relayer ce qui se passait. Certaines chaînes ont eu plus de mal que d’autres à s’y mettre (ce fut le cas de Canal+, qui refusait cet usage, considérant twitter comme un concurrent),  mais lors de l’audience de ce jeudi soir, la plupart des chaînes de télévision avaient compris que le seul moyen d’avoir un minimum d’informations en direct était de citer ces messages venant de journalistes.

Du point de vue de la réflexivité, si on peut considérer que la télévision cite twitter, nous sommes plutôt dans une situation ou des journalistes travaillent différemment et avec d’autres moyens. En ce sens, Twitter est un vecteur. Par exemple, Jean-Philippe Balasse (@balasseNY), journaliste correspondant d’Europe 1 aux Etats-Unis pour Europe 1, s’adresse, comme d’autres journalistes sur place, à plus de 10 000 followers sur Twitter. C’est un autre vecteur d’information, mais qui joue aussi de manière positive sur son média, Europe 1.

Différents statuts de la parole journalistique

Les journalistes devant le tribunal ont moins d’infos que ceux qui sont à Paris en plateau. Ils sont pourtant interrogés pour commenter les informations obtenues via les journalistes qui sont dans le tribunal et envoient des messages twitter. Plusieurs remarques ici : On met souvent en avant twitter, or ce sont bien des journalistes qui envoient ces messages. Ils utilisent twitter comme un moyen de faire le métier, et c’est à ce moment le seul moyen qu’ils ont. De plus, en continuant de donner la parole à des journalistes sur place et devant le tribunal, les chaînes font exactement ce qu’elles faisaient pendant la guerre du Golfe, lorsque les journalistes n’avaient pas accès aux informations et parlaient en direct pour dire qu’ils étaient à l’hôtel et qu’ils entendaient des bruits. En 1990 déjà, le fait qu’un journaliste se trouve sur place était essentiel pour les chaînes, même si ce dernier ne donnait aucune information.

Désormais, le paradoxe dans lequel se trouve la télévision est le suivant : Les journalistes qui possèdent l’information sont ceux que l’on ne peut pas voir à l’image (ils sont à l’intérieur du tribunal), et ceux que l’on peut voir n’ont pas d’informations.

Une prédominance des chaînes d’information en continu

LCI, iTélé, BFM TV ont su mettre en place des dispositifs bien plus efficaces que les chaînes généralistes. Pour exemple, en ce jeudi 19 mai, tandis que iTélé diffusait en léger différé l’audience traduite, France 2 a mis beaucoup de temps à trouver un interprète capable de traduire les propos tenus. TF1 et France 2 ont donc privilégié le débat à défaut de l’information en direct, ce qui n’est pas forcément un problème, sauf qu’à ce moment, les discussions étaient là pour combler le manque de réactivité des grandes chaînes.

Un peu à côté de la plaque du point de vue des technologies, les mots de Laurence Ferrari citant des SMS ont beaucoup amusé la communauté twitter…

Une véritable surmédiatisation

Si cette affaire possède un caractère extraordinaire, qui justifie sa médiatisation, il faut cependant constater au moins deux choses : d’une part, les autres informations ont presque disparu de l’espace médiatique, comme on peut le lire ici, d’autre part, on assiste à une véritable surenchère entre les différents médias : on ne compte plus les éditions spéciales qui se succèdent les unes aux autres, chaque chaîne de télévision s’inspirant l’une de l’autre. La circularité médiatique est telle qu’il existe de moins en moins de différences de traitement entre les chaînes, la plupart étant dans une course au scoop, une course à l’audience.

Un public de plus en plus exigeant…

On a pu entendre qu’avec Internet, et notamment les réseaux sociaux tels que twitter, le public était devenu « puissant ». De mon point de vue, il est plutôt exigeant. Les internautes (et particulièrement le public de twitter) sont des praticiens avertis, ils cherchent les infos, les recoupent, et savent pour la plupart suivre les « bonnes personnes » dans les « bonnes situations » (ici, les journalistes sur place).

…Mais une course de vitesse risquée

Cette exigence du public a bien entendu ses revers, et notamment l’impatience dans laquelle nous sommes tous, comme s’il n’était plus possible d’attendre cinq minutes pour avoir une information.

La tyrannie du temps réel,  en partie induite par ce que permettent les réseaux, ne produit pas nécessairement de l’information. C’est ainsi que les mêmes choses tournent en boucle et que naît aussi la rumeur et les polémiques. Puisqu’il faut du discours, on peut finir par entendre (et croire) tout et n’importe quoi. Nous sommes dans un univers médiatique concurrentiel et une course de vitesse qui ne laisse que peu de temps au recul sur les faits.

Il est évident que les médias qui tirent et tireront leur épingle du jeu sont ceux qui ont compris que les médias et réseaux ne peuvent plus se faire concurrence, mais qu’ils doivent se penser de manière convergente. Cette couverture médiatique ne signifie pas l’effacement du journalisme au profit d’un amateurisme éclairé, bien au contraire. Il montre que la parole professionnelle est plus que jamais de rigueur, encore faut-il que ces journalistes puissent être appuyés par des rédactions et des médias ayant compris l’intérêt et non le danger des réseaux sociaux tels que twitter.

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3 commentsOn Twitter, télévision et univers médiatique, de quoi l’affaire DSK est-elle le signe ?

  • Bonjour,

    Merci pour cet article très intéressant.
    Je partage entièrement les conclusions de votre article, notamment lorsque vous soulignez que twitter est avant tout un vecteur d’information, pas un outil qui se démarquerait des grands médias au niveau des personnes qui l’alimentent: il s’agit aussi d’experts ou de journalistes…

    En revanche, je pense qu’il est bon de replacer twitter dans le contexte mediatique actuel.
    Certes, twitter est un vecteur de communication qui fait parler de lui et qui montre de quoi il est capable: grande réactivité, facilité d’utilisation, etc…
    Mais attention lorsque l’on parle de twitter et « du grand public ».
    Vous parliez de twitter et de « son public exigent »: oui, il est exigent car c’est un public très spécifique, je parlerais même de public de niche. Le grand public entend parler de twitter…mais ne l’utilise pas.

    Toutes les études récentes le montrent (je suis bien placé pour en parler puisque je travaille pour le service des études d’une chaîne TV), voire même que peu de gens savent de quoi il s’agit exactement !

    Ceci me rappelle l’engouement journalistique et scientifique lors des débuts des applications mobiles: nous, chercheurs ou journalistes avertis baignons dans un univers où ces nouveaux vecteurs s’offrent à nous quotidiennement. Nous en percevons la richesse et les boulversements qui POURRAIENT en découler.
    Mais n’oublions pas que la communication est notre métier, et que nous disposons de temps pour utiliser ces multiples formes de communication.
    Ce que l’on définit comme « le grand public », tout simplement la plupart de nos contitoyens, ne dispose que d’un temps limité et je dirais même d’une volonté limitée à interragir avec autrui durant son temps libre. Et ceci explique pourquoi la radio ou encore la télévision dominent encore l’espace médiatique.
    Ceci risque de changer, mais nul ne peut vraiment dire quand et qui en seront les bénéficiaires.

    Oui,les choses changent. On le voit d’ailleurs avec Facebook. Mais pour l’heure twitter reste un vecteur à l’audience confidentielle.

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