Mythologies : La 3D au cinéma, par Nathalie Signorini

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C’est bien connu, l’homme est accessoirisé de toutes parts. Et pas besoin d’aller bien loin pour confirmer cette idée. Il vous suffit d’ouvrir le vide poche de notre voiture, de fouiller un sac à main féminin, de regarder dans le plat qui trône sur le buffet de notre appartement ou même dans le moindre endroit où nous sommes passés. Ipod, téléphones portables, baumes pour les lèvres, maquillages, papiers, clés, lunettes de soleil et j’en passe… Autant de choses que l’on aime avoir quotidiennement à portée de main même si elles ne nous servent pas toujours.

Mais en y regardant de plus près, il semble que depuis quelque temps, une chose nouvelle a fait son apparition parmi tous ces accessoires foisonnants et encombrants : Vous ne possédez plus une seule paire de lunettes, mais deux, voire même trois pour certains. Et cette nouvelle paire est inefficace contre le soleil, disgracieuse et inconfortable à vous en tailler l’arête du nez. Évidemment. Ces lunettes ne sont pas celles que vous allez arborer sur la plage mais bien le nouvel accessoire de tout cinéphile ou pratiquant du cinéma en salle. Les lunettes 3D !

Si le phénomène de la 3D arrive à peine ou depuis peu il n’est pourtant pas nouveau puisqu’il est né au milieu du XIXè siècle pour donner du relief aux premières photographies, à l’aide de lunettes bicolores dites « Les glyphes ». La restitution du relief a toujours été une obsession technologique de l’industrie du cinéma mais ne fut pas toujours un franc succès, avec des résultats inégaux qui firent fuir le public. Retenons par exemple le chef d’œuvre d’Hitchcock « Le crime était presque parfait » qui fut tourné et réalisé en 3D, enfin… La 3D des années 50 !

Et finalement la 3D se fait oublier jusqu’en 1986, pour être précis, où elle revient en force sur le marché de l’attraction à grand spectacle grâce à une technologie de projection alternée ou polarisée : le procédé IMAX. Vous ne connaissez pas ? C’est normal. Il faut retenir qu’il en résulte l’apparition de lieux comme le Futuroscope qui font découvrir des films 3D de qualité et piquent la curiosité de grands réalisateurs. La révolution est en marche.

Et un beau jour de 2009 est arrivée la publicité écrasante pour Avatar, le nouveau film du grand James Cameron, en 3D s’il vous plait ! Un remake de Titanic ? Malheureusement non. Il n’y a pas de bateau pour cette fois-ci, ni de Leonardo Dicaprio juvénile ou encore d’iceberg inopiné. L’action est bien au contraire futuriste, sur une terre lointaine appelée Pandora et peuplée de grands hommes bleus pratiquement nus. Un remake de E.T. ? Non plus, nous parlons bien d’Avatar, le film qui fut annoncé comme « une révolution dans l’histoire du cinéma  et de la 3D ».

Encore vierges de la 3D, nous nous sommes tous présentés timidement devant les guichets des cinémas pour acquérir notre place. Il était alors déjà question de payer un supplément pour la 3D en elle-même et pour la « location » des fameuses lunettes que nous confiait le cinéma pour le temps de la séance.

Dans la file d’attente, on se sentait fier de saisir les lunettes énormes que nous tendaient les employés. La 3D était encore unique, totalement inattendue et surprenante. D’un petit mouvement de tête, il suffisait d’observer les gens des autres files, d’exposer un peu ses lunettes pour les rendre envieux, et déjà le film nous semblait réussi. Mais une fois en salle, la donne était différente. Qui ne s’est jamais senti ridicule avec cet accessoire lourd et moche sur le nez ? Porter des lunettes dans un cinéma était encore une idée assez contradictoire. Alors, pour faire bonne figure, on rigolait de son voisin, certains se prenant même en photo pour « immortaliser le moment ». Durant le film, on s’amusait même à les enlever, histoire de voir l’état de l’écran sans l’effet 3D. Le choc était alors palpable et les lunettes reprenaient vite leur place de prédilection. Et finalement, quand le film touchait à son terme, le crâne était en feu, les pupilles dilatées et le nez en kit. Eh oui, la 3D, ce n’est pas pour les chochottes ! Mais pour revenir à ce cher Avatar, soyons honnête : Le succès fut au rendez-vous et le résultat époustouflant. L’ère de la 3D était lancée.

Aujourd’hui, cette avancée technologique ne nous étonne plus tellement. Voir un film qui n’est pas en 3D est déjà devenu plus étrange. Notre nez s’est creusé pour accueillir les fameuses lunettes mais notre porte-monnaie, lui, ne s’est pas forcément assoupli pour payer plus cher la place de cinéma. Enfin, tant pis. La 3D se mérite. Le concept a cependant évolué. Vous rêviez de posséder vos propres lunettes ? Vous êtes exaucés ! Si vous allez voir un film en 3D pour la première fois – ce qui serait étonnant à moins que vous ne reveniez de Pandora – vous recevrez un petit sachet transparent hermétiquement fermé, à l’intérieur duquel vous trouverez des petites lunettes noires, sans filtre rouge ou bleu, mais simplement avec des verres teintés. Le tout moulé et fabriqué dans un plastique léger, presque esthétique. Le progrès, c’est fou.. Comme des enfants à noël, vous serez heureux de déballer vos petites lunettes, un sourire idiot placardé sur les lèvres.

Non, ne niez pas, nous l’avons tous fait.

Mais à partir de ce moment commencera une épreuve difficile et semée d’embûches… L’oubli des lunettes. Car si, comme moi, vous êtes tête en l’air, bordélique ou adepte des soirées prévues au dernier moment, il y a forcément un jour qui arrivera où vous vous présenterez au cinéma pour un film 3D, sans l’accessoire indispensable. Pas de panique, il vous suffira de payer une nouvelle fois et vous aurez le plaisir de déballer un nouveau petit paquet en souriant. Et si cela ne vous sert vraiment pas de leçon…Vous finirez comme moi qui suis condamnée à collectionner les lunettes 3D. Deux dans le vide poche de la voiture, une dans mon bureau et une dans mon sac à main.

Aux grands maux, les grands remèdes.

Ainsi, avec les technologies de la 3D, nous observons à l’heure actuelle un renouveau au cinéma. De plus en plus de salles s’équipent, de plus en plus de films voient le jour en 3D, de plus en plus d’acteurs du monde du cinéma pensent leurs futures œuvres en 3D : il se pourrait que nous soyons à l’aube d’une révolution du septième art.

Cette révolution en salle s’accompagne également d’une toute autre révolution : La 3D sans lunettes a déjà vu le jour. Pas encore en cinéma, certes, mais le projet et les recherches visent à installer la 3D chez nous, dans notre petit salon équipé d’une télé sur-dimensionnée. La chose est encore expérimentale avec parfois de gros ratés, mais de jour en jour, les avancées technologiques progressent. On imagine facilement que lorsque le tout sera au point, les lunettes 3D disparaitront simplement et le cinéma redeviendra plus banal, sans mal de nez. Et même, quel sera alors l’intérêt d’aller au cinéma si nous avons tout à disposition ? Je ne peux m’empêcher de regarder les lunettes que je possède avec nostalgie, moi qui avais enfin trouvé une méthode infaillible pour ne plus arriver bredouille au cinéma. Ne peut-on pas me laisser jouir encore un peu de ma réussite personnelle et de mes nombreuses lunettes ? Le phénomène de la 3D nous démontre une fois de plus la réalité de notre société en perpétuelle évolution où une innovation récente est déjà obsolète le lendemain de sa création.

Pour autant, la quête vers l’immersion du spectateur est loin d’être finie et cherche toujours à aller plus loin : Elle demeure le but ultime. Certaines salles de cinéma essayent d’ailleurs de rajouter d’autres dimensions pour le plus grand plaisir du spectateur en jouant sur les sens : parfum, vent, pluie, mouvements… Qui sait où s’arrêtera le cinéma ? A quel moment franchirons-nous réellement la frontière entre fiction et réalité ?

Nathalie Signorini.

Quelques mots sur la catégorie « Mythologies » : clic, clic, clic.

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