« Facebook, twitter, portraits du dragueur 2.0 », par Marie-Caroline Neuvillers

dans Internet, Medias

Depuis quelques années maintenant, sévit un animal particulièrement dangereux et fourbe. Il n’a pas réellement de signe distinctif ce qui le rend d’autant plus redoutable, il peut frapper n’importe quand, et surtout, il s’en prend à n’importe qui. Ce nouveau type de mâle/mal ? LE DRAGUEUR DU WEB 2.0.

Alors attention, il y a deux types de dragueur : Il y a le dragueur Facebook et le dragueur Twitter, et ils n’opèrent pas de la même manière.

Le dragueur web 2.0 s’adapte à son environnement, à sa proie, ou plutôt, à ses proies, car il est réfléchi et méticuleux : Il ne s’en prend jamais à une seule personne en même temps, il connaît les statistiques : Il SAIT que 79% du temps, il se fera renvoyer dans ses 22 mètres.

Sur Facebook en général il tente la tactique dite de la « mitraillette » : Tout comme pour le badge de SensCritique, la technique de la mitraillette consiste à ajouter à sa liste d’amis 666 femmes qu’on ne connaît absolument pas. Et soyons francs, sur ces 666 femmes il y en aura bien une qui se sera faite plaquer pour la huitième fois ces six derniers mois, y compris par son chat, et qui aura envie d’un autre contact physique que celui du pot de glace dans sa main.

Le dragueur de Facebook adresse une demande. Officiellement une demande d’ajout en ami. Officieusement une demande d’ajout à potentiel plan fesse. Le dragueur Facebook utilise des codes et un langage très particuliers : Il fait des fautes de syntaxe, de grammaire, d’orthographe, de goût (très souvent). Que la proie ne se méprenne pas : C’est un test. Si la cible réussi à déchiffrer le message, alors le contact est possible. Il aime les rimes aussi, la poésie globalement. Comme cet individu par exemple :

« J’aime bien ton regard! Je crois n’avoir vu de toute ma vie un regard pareil… trop beau… Que tu me réponde ou pas..; Je tiens à te dire que je suis sincère en ce que je dis… Je te laisse mon mail au cas où

alillo215@yahoo.fr

Ciao »

Nous noterons ici l’utilisation de la thématique forte du regard, appuyé par une répétition (au cas ou tu veux pas comprendre que ton regard peut réellement te faire entrer dans la catégorie potentiel plan fesse). Mais le message reste léger : Objet : Slt. Signature : Ciao. Oui il ne faut surtout pas effrayer la proie en déployant dès le premier jour toute la finesse de son répertoire.

Le dragueur Facebook n’y va pas de main morte côté représentation visuelle : Oui parce que ça n’est pas le tout de vendre des paillettes avec sa capacité d’auteur romantique, il faut aussi en mettre plein la rétine avec une photo de profil. Le dragueur Facebook ne lésine pas : Il n’hésite pas à sortir la Megan aux jantes fraîchement remplacées pour se faire tirer le portrait, ou à se parer des fausses Ray-Ban  de chez H&M probablement piquées à sa petite sœur pour se prendre en photo. Tout seul.

En général le dragueur de Facebook ne reçoit pas de réponses. Enfin pas de réponses positives en tout cas, ce qui est tout à fait étonnant car honnêtement de nos jours se faire séduire en poésie c’est tout de même relativement rare mais passons.  Le dragueur gère très bien le rejet, il a encore 665 autres chances de séduire grâce à la Megan.

Et puis il y a le dragueur Twitter. Le dragueur Twitter n’a rien à voir avec le dragueur Facebook. Le dragueur Twitter est bien plus vicieux en réalité : Il fait mine de n’avoir rien à faire avec le dragueur Facebook, il le méprise et il lui crache dessus (parce qu’il n’a pas de Megan aussi).  La première différence réside dans le fait qu’il opère justement sur Twitter.

Sur Twitter c’est du lourd, en principe on peut être là pour déconner mais certainement pas pour essayer de jouer à touche pipi avec des inconnues. Alors évidemment on ne se méfie pas quand @shlogrt84 ou @kevindu63 s’abonne à nos tweets, on s’émerveille qu’un anonyme de plus octroie de l’importance et de l’intérêt à ce qu’on raconte, on est joie et paix.

Et on reçoit un DM.

Au début c’est une question parfaitement innocente, mais une question qui force drôlement la conversation. Et puis au second échange, le dragueur Twitter frappe : « …. et sinon je te trouve très jolie ».

C’est l’engrenage, le début de la fin, plus d’issues possibles. Comment faire ? Si on ne répond pas on passe pour une grosse malpolie. Si on répond on passe pour une grosse intéressée.

Il faut la jouer fine, c’est-à-dire, s’inventer un mec, des enfants et un poisson rouge, et les mentionner dans les 13 secondes qui suivent sinon c’est trop tard. Sinon, à chaque nouveau tweet, il se sent obliger de te répondre pour te dire qu’il est complètement d’accord avec toi, et que ton humour est sensationnellement désopilant, alors que toi en vrai, tu as simplement voulu faire une blague vaseuse sur ta boîte de tampons si ça se trouve. Il trouve les tampons désopilants. C’est forcément mauvais. Dans cette situation, deux options s’offrent à toi : L’honnêteté (« écoute @jeanbernard j’ai bien peur de comprendre où tu veux en venir, mais mon cœur n’est pas à prendre. Enfin pas par toi. ») ou la lâcheté (ignorer @jeanbernard systématiquement jusqu’à ce qu’il jette son dévolu sur quelqu’un d’autre.)

Et puis de temps à autre, on peut se frotter à un cas tout à fait particulier de dragueur Twitter. Celui qui cache bien son jeu. Il a des paquets de followers, il est drôle et spirituel, et jamais, non jamais, on ne pourrait s’imaginer qu’il a des tendances de DM pervers.

Celui là maitrise au poil la langue française, il est donc indétectable. Pire, lorsqu’il tweete c’est en partie pour dénoncer le comportement de ces égarés de Meetic. A cela, il n’y a pas de remède possible, un bon coup sur le nez et il part la queue entre les jambes (non vraiment n’y voyez aucune allusion). En revanche, on sait qu’il est là, quelque part, tapi dans l’ombre, prêt à prendre dans sa toile (toile, internet, vous suivez ?) la première profile pic qui montrera un bout de peau (et par peau, comprenez nichon.)

Marie-Caroline Neuvillers.

Vous pouvez suivre sans draguer Marie-Caroline sur Twitter : clic, clic, clic.

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3 commentsOn « Facebook, twitter, portraits du dragueur 2.0 », par Marie-Caroline Neuvillers

  • Mais c’est normal qu’on te drague aussi… Tu es très jolie ;p (héhé j’ai rien compris)

  • deliciousrecord

    Titre alléchant… Car je suis de cette catégorie dragueur 2.0.
    Mais déception à la lecture, les lieus communs en voici en voila. Et puis cela ne va pas au fond du problème, des changements comportementaux face au net. Comment le dragueur évolue. Car on peut draguer sans forcément utiliser des photos de profil de mégane, et nous pouvons également tomber sur d’autre genre de femmes que celles qui se font plaquer a New York avec un gros pot d’Hagen Dasz. Vous n’êtes, rassurez-moi, pas toutes des Sarah Jessyca Parker en puissance. Donc Marie-Caroline, la prochaine fois que tu publies sur un sujet qui je trouve est très intéressant on y va à fond. Il existe d’ailleurs de nombreux blogs, qui parlent de cette drague, de personnes qui jouent le jeu, qui se font piéger. Là on ne voit pas vraiment où tu veux venir ? Un ras-le-bol ? Bref ! Keep fire. Bonne continuation et au plaisir de te relire. (le dragueur 2.0 tutoie en général très rapidement ses proies)

  • Marie-Caroline

    A vrai dire pour aller au fond du problème et des changements de comportements face au net j’ai écris un mémoire de 200 pages en master. Ce texte je l’ai rédigé pendant ce travail universitaire, et le fait est que je ne cherche pas particulièrement à en venir quelque part, c’était simplement de l’humour et non pas une fine analyse de la drague sur les réseaux sociaux 🙂
    Je suis bien consciente que le dragueur 2.0 n’utilise pas systématiquement sa voiture comme atout de charme (enfin j’espère vraiment)et que ça va bien plus loin que les bêtises que je raconte ici!
    A bientôt : )

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