« Steve Jobs, iCône de la pop technology », par Mathias Alcaraz

dans Culture et Société, Medias

 

Steve Jobs est mort, et beaucoup de papiers ont fleuri sur le sujet. Pourquoi en faire un de plus, me direz-vous. Je me suis posé la même question, j’ai douté sur ce qui me semblait au réveil, en apprenant la nouvelle, un bon angle pour un article sur le semioblog. Au final, je l’ai écrit quand même, plus pour apporter quelque chose que pour faire un portrait de Jobs, comme tant de blogueurs à la plume bien plus affûtée l’ont fait avant moi.

Quand les réseaux sociaux s’approprient l’évènement

Quand j’ai appris la mort de Steve Jobs, j’ai fait le tour de facebook et de twitter, pour voir si la nouvelle faisait l’effet d’une bombe. La réponse était bien évidemment oui, avec une force qui m’a rappelé la mort d’une autre personnalité, Michael Jackson. Comme prévu, sa mort a bouleversé, les réseaux sociaux, comme le 25 juin 2009 et les jours d’après, avec la disparition de Jacko. Sur Twitter, les hashtag #ThankyouSteve, #iSad et #RIPSteveJobs ont explosé, certes un peu moins que les records de #RIPMJ. Les réseaux sociaux se sont appropriés la mort de Jobs, avec les mêmes étapes qu’il y  deux ans. Au départ, les mêmes tweets qui prennent des pincettes, puis la vague d’émotion, une fois la nouvelle confirmée. Tout de suite, les mêmes souvenirs qui reviennent sans cesse, du clip de Bad au discours de Stanford. Le hashtag prend de l’importance, et la nouvelle commence à se répandre sur facebook, où des gens postent des statuts plus ou moins sincères, voulant plus ou moins faire « in ». Après les nombreux posts lisses, les rumeurs refont surface. Michael Jackson pédophile, ou Steve Jobs mourant du sida, où se trouve la vérité et d’où sortent les fakes ? La réponse, on s’en fiche, ça fait du flux, et twitter, à defaut de déployer ses baleines, s’excuse pour les problèmes techniques. Ensuite, c’est le calme qui revient, les haters ont craché, les fans se recueillent, la foule ne suit plus, libérée de l’effet de masse.

Pourquoi ce parallélisme si troublant dans la façon dont les réseaux sociaux se sont emparés de la mort de ces deux icônes ? Parce qu’à y regarder de plus près, les deux hommes ont beaucoup en commun, notamment une certaine représentation du populaire.

Steve Jobs, King of Pop technology

Comme celui de Michael Jackson, le travail de Steve Jobs était devenu une entité installée dans de nombreux foyers. L’air de Billie Jean, l’iPod étaient devenus des objets culturels faisant partie de la famille, ancrés dans le quotidien. Une vraie démocratisation des technologies pour l’un, de la musique dance pour l’autre.

Depuis les débuts d’Apple, Steve Jobs était partisan d’un numérique accessible à tous, plus simple à maîtriser que les PC aux multiples fonctions et codes peu compréhensibles du grand public. Le patron de la boîte à la pomme a toujours cherché la simplicité, l’ergonomie, dans la même démarche que son mode de vie zen, à l’image du design des derniers Imac et IPad. C’est cette recherche de l’accessible qui l’a rendu tête de proue d’une informatique plus ouverte au monde malgré les restrictions du réseau Apple, d’une approche de l’informatique multi générationnelle, en un mot plus populaire. Michael Jackson était appelé le King of Pop, et un sens, il était celui de la pop culture. Steve Jobs était aussi un King of Pop,  celui de la pop technology.

L’imagerie kitsch, la mise en avant d’un personnage

Quand on pense à Steve Jobs, on voit tout de suite un homme chauve, aux lunettes rondes, portant un col roulé noir, un Iphone à la main, annonçant d’une voix posée « This is a revolution ». Cette imagerie kitsh, dont je vous avais déjà parlé à propos d’Amy Winehouse (clic, clic, clic), est caractéristique de nos sociétés où les styles ne doivent pas changer, pour ne pas perdre le public. Imaginons une seconde BHL sans sa chemise blanche, Michael Jackson sans vêtements trop grands ou sans son gant à paillettes, Kurt Cobain propre.  Quelque chose cloche, on peine à faire la mise au point. Cette constance dans le look, c’est aussi une des raisons pour lesquelles le public s’est attaché à des personnalités comme Jobs. Si, avant son départ d’Apple, beaucoup de gens ne le connaissaient toujours pas, ils avaient déjà vu sa photo, image de la marque, au même titre qu’un Richard Bronson descendant la fascade de son Virgin Megastore en rappel. Comme pour d’autres entreprises, comme Free, Apple mettait en avant son gourou, favorisant la personnalisation du produit. Si chez Samsung, le Galaxy SII est mis en avant, chez Apple, la présence de Steve Jobs, ce type cool qui ne porte pas de veste pour la présentation de l’iPhone 4, est celle qui domine. On s’attache plus facilement à un homme qu’à une marque, et quand il disparaît, la tristesse s’empare du réseau. Qui se soucierait aujourd’hui avec autant d’intérêt de la mort du PDG de Samsung ? Certainement pas les internautes, et certainement pas Libération, qui peinerait à faire une première page plus belle que celle en hommage en Steve Jobs.

Mathias Alcaraz

A lire aussi

DMPP #8 – Pourquoi Noël commence de plus en plus tôt ?

Les marchés de Noël font le bonheur des médias et les séries de Noël commencent dès le début du

En lire + ...

YouTube comme lieu d’expression du chercheur, l’expérience de « Des médias presque parfaits » et la question de la vulgarisation scientifique

Le 10 novembre dernier, nous avons participé au colloque « Youtubeurs, Youtubeuses » organisé par l’équipe de recherche Prim à l’université

En lire + ...

DMPP #7 – Médias, pourquoi il faut ABSOLUMENT s’en préoccuper ?

Il y a une urgence, celle d’une éducation aux médias pour tous. Les médias concernent chacun d’entre nous, et

En lire + ...

Laissez un commentaire :

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Mobile Sliding Menu