Comment faire des photos du président de la république sans accréditation (et appeler son ostéo par la suite), par Fabrice Sabre

dans Fest. Avignon 2012, Medias


Lundi 16 juillet 2012 : 8h du mat, un cachet de kétoprofene dans la bouche, un café devant moi, mon cou me tire violemment. Je repense à la semaine qui vient de se passer.

Mardi 10 juillet : passage au village du Off dans la matinée. Photographe pour Avignon Festival & Compagnies, ma mission est de faire un photo-reportage pour ces derniers sur l’ambiance du festival, les troupes qui tractent, les conférences, etc. Je croise Pascal, un des attachés de presse, qui m’annonce : «  le Président vient sur Avignon ».

Assez excité par l’idée de faire des photos du chef de l’état, je retourne à mon studio, dégraisse la masse de photos de la veille et commence à parcourir le site de l’Elysée afin de contacter le service presse. De poste en poste, on me redirige vers la préfecture de Vaucluse afin d’avoir une accréditation. Alors petite explication : normalement, elles ne sont données qu’aux journalistes. La dame de la préfecture est très gentille et me dit qu’elle fera ce qu’elle pourra.

Mercredi : rien.

Jeudi : je m’inquiète de savoir si on a des news des accréditations. J’appelle Pascal, tout vaillant, qui me dit que François Hollande passera au Village du Off. Et là, ca change tout. Je reçois le communiqué de presse, renvoie un mail. Et j’attends.

Vendredi : rien.

Samedi : toujours rien. Enfin si : « écoutez monsieur Sabre, on sait pas pour le moment. »

Dimanche arrive, je me prépare mentalement et pars vers le village du Off sur le coup des 15h. Arrivé la bas, quelques démineurs, quelques barbouzes. Je cherche les attachés de presse qui me répondent : « on sait pas » (pour les accréditations). Je vois le chargé de la sécurité qui me répond :  « on sait pas » (au choix : les accréditations, trouver l’attaché de presse de l’Elysée ou de la préfecture, etc.). L’heure tourne, les RG arrivent : même réponse.

Les journalistes arrivent petit à petit. Je croise un pote, Christophe, photographe de la mairie, portant une accréditation. On discute un peu. Il m’explique comment ça va se dérouler.

Certains journalistes sont censés suivre à certains endroits le Président, en fonction de la taille de la pièce où il se trouve. Ca s’appelle un pool. Pour donner un exemple, lorsque François Hollande a récupéré sa carte du Off, deux photographes et un cameraman se trouvaient dans la pièce. Christophe m’explique ensuite que les photographes s’échangent, de pool à pool, la matière visuelle.

Toujours avec Christophe sur le parvis du village du Off, nous attendons l’arrivée de François Hollande. Greg Germain est sollicité par les services de l’Elysée toutes les trente secondes. Le peu de temps qu’il a, il l’utilise pour faire les cents pas. La masse de journalistes gonfle comme une flaque de boue un soir d’orage. Je trouve un emplacement assez efficace. Certes, mon angle de vue est tronqué à quelques mètres en avant par le premier pool de journalistes, mais je me dis qu’avec un peu de bol je choperai quelques photos quand le Président passera devant moi.

Le cortège arrive et les applaudissements de la foule retentissent. Les photographes et cameramen marchent à reculons dans l’allée, provoquant un : «  hé ho baissez vous » de la part de Christophe. Tout en se rapprochant, le volume de médias (presse, photo, camera) se transforme en une énorme partie de twister. Toujours dans mon coin, j’essaie d’éviter ce blob audiovisuel.

En face de moi, j’en vois un en train de courir dans ma direction, appareil photo à la main, me regardant et ne disant rien. J’essaie un : « hé faites gaffe je suis sur le chem… ». Pas le temps : il me passe dessus, comme si j’étais une planche de balsa.

Le service de sécurité commence à pousser le reste de la presse pour rentrer dans le village, moi compris. Tel des moutons de panurge allant droit vers la falaise, nous sommes précipités vers l’intérieur du village. Toujours sonné et confus, le côté gauche de mon corps extrêmement endolori, je continue tant bien que mal ma mission de photographe.

Le reste est plus sage : discours dans le magic circus du Village du Off, puis départ de la troupe présidentielle. Je débriefe les photos avec les attachés de presse du Off, bois quatorze Perriers et rentre chez moi. Le réveil est douloureux, mais j’ai réussi à faire quelques photos que vous pouvez retrouver là : clic, clic, clic.

Fabrice Sabre.

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