Festival d’Avignon, « Comment survivre aux tracts ? » par Marie-Caroline Neuvillers

dans Fest. Avignon 2012

Pendant le mois de Juillet, le Semioblog vous invite au festival d’Avignon. L’année dernière, Marie-Caroline Neuvillers nous a parlé de la difficulté de survivre face au déferlement des tracts sur la ville. Il peut être judicieux, en ce premier jour de festival, de relire ses conseils.

Quand on pense au festival d’Avignon, on ne pense pas uniquement aux pièces de théâtres, aux affiches qui recouvrent chaque centimètres carré de la ville, ou à ce qui nous semble être des milliers de touristes qui débarquent en ville (oui dans le sud on a pas tellement le sens de la mesure.)

Ce que tout le monde a aussi en tête, ce sont les tracteursEtranges créatures capable de rester debout de 8h du matin jusqu’à minuit, qu’il fasse 40 à l’ombre ou qu’il pleuve des cordes. La plupart du temps ce sont les comédiens des compagnies qui se chargent de distribuer à tous les passants un flyer et de se faire un bout de promotion. En général il y en a trois types : Les classiques, ceux qui ont cessé de croire à ce qu’ils racontent il y a 4 heures, au bout de leurs huitièmes ampoules et deuxième insolation. Les ingénieux qui installent une table et un parasol, en décidant que c’est le festivalier qui viendra à eux. Et puis surtout, il y a la troupe kamikaze. Celle qui a décidé de mettre le paquet niveau maquillage, et de sortir le costume qui pèse environ 5 kilos. Ceux qui ont un budget démaquillant qui bouffe une bonne partie de la recette à la fin du festival.

Enfin tout ça pour dire, qu’après trois semaines, quand tu vis à Avignon, éventuellement le tract tu commences à ne plus pouvoir le sentir, même si tu as du respect pour les artistes.

Tu commences un peu à les craindre quand tu sors, tu redoutes l’odeur de l’encre qui va s’incruster sur tes doigts à cause de la chaleur à la minute ou tu vas toucher le flyer. Tu as beau changer de trajet pour aller bosser ou acheter ton pot de glace pack familial, rien à faire, tu en reviens les mains pleines, tu as mis 40 minutes pour rentrer chez toi, tu transpires autant que le monsieur déguisé en pirate, et tu es à peu près sûr que ton maquillage est dans le même état que le sien. Concrètement toi tu voulais juste rentrer dans ton appart surchauffé et t’affaler devant la rediff de Grey’s Anatomy. Mais voilà, tu ne sais pas dire non. Ça ne se fait pas de refuser un tract pendant le festival. Un peu comme voler une glace à un enfant, mais en pire tu vois.

Alors tout le monde à sa méthode pour y échapper. Parce que, oui, parfaitement, brisons l’omerta du silence : En général, la dernière semaine du festival, tu fais un choix : Le tract ne passera plus par toi.

La méthode la plus courante c’est le « Je suis ultra pressée, si tu me laisses pas passer le monde va subir une implosion nucléaire. » Au choix tu prends ton air de working girl, ou l’allure du phacochère prêt à charger. C’est bien, mais le tracteur n’est pas stupide. Et surtout, tu n’es pas le seul à essayer, il sait pertinemment que le seul endroit où tu dois te rendre c’est à la supérette du coin pour racheter du Sopalin.

La seconde tactique c’est celle du sac : Un peu ce que tu faisais au collège quand tu ne voulais pas que le prof t’interroge, tu avais soudainement fais tomber quelque chose par terre, et visiblement ça devait être un truc incroyablement dur à attraper parce que tu pouvais rester 3 bonnes minutes la tête en bas. Là c’est le même principe, il y a quelque chose de fantastiquement passionnant au fond de ton sac.  Mais si, tu sais, ce vieux chewing-gum collé à la doublure depuis trois ans, non mais c’est dingue les trésors de la vie.

Oui mais voilà, si tu es un homme, tu ne peux pas faire grand-chose, à moins d’inspecter ta poche bien entendu, mais je préfère te prévenir que l’impact est forcément moindre,  rapport à la taille d’une poche.

Venons-en donc à la technique numéro 3. Elle est risquée, très risquée : Se faire passer pour un touriste étranger. Oui, tu n’as peut être pas remarqué mais dès lors que le tracteur comprend que sa proie réside en Norvège, il ne donne pas le flyer. Qui t’empêche donc de te faire passer pour un touriste anglais venu découvrir les charmes de la provence ? Ton accent pitoyable ? Oui certes. Mais surtout le risque qu’aux paroles « Sauri aï donteuh spique franch » » le tracteur qui lui, pour le coup n’est vraiment pas d’ici te réponde dans un anglais parfait avec le flegme de Hugh Grant que, c’est pas grave la pièce se joue justement en anglais surtitré, ce coup de bol hein ? Tu auras probablement l’air stupide. L’air stupide avec un tract.

Mais alors, que faire ? Vas-tu me dire.

J’ai bien envie de te répondre de trouver tout seul, mais à la place je te dirais de faire la même chose que toutes ces compagnies : Faire parler ta créativité. Tu as trop chaud ? Fabrique un éventail avec  tes affichettes. Tu ne supportes plus tes murs blancs ? Tapisses les de ces centaines de flyers  éparpillés partout chez toi. Mieux, fabriques avec tes tracts des objets que tu iras vendre dans la rue des Teinturiers histoire de toi aussi rentabiliser l’afflux de touristes.

Tu vois, à force il n’est pas impossible que tu finisses par ne plus pouvoir t’en passer. Et peut-être qu’à l’avenir, c’est toi que les tracteurs éviteront.

Marie-Caroline Neuvillers.

Pour suivre Marie-Caroline Neuvillers sur Twitter : clic, clic, clic.

A lire aussi

Les tambours de la vie

Au premier temps de la pièce, Adrien Lepage ne vit que pour une chose : la batterie. Il sourit. À

En lire + ...

« Avant que j’oublie », les liens qui nous lient

  C’est une jeune femme qui chaque dimanche va voir sa maman, C’est une maman qui est atteinte de

En lire + ...

Vernissage, ou les masques du quotidien

  Un soir, Véra et Michaël reçoivent leur ami Ferdinand pour inaugurer leur nouvelle décoration d’intérieur. Quoi de plus

En lire + ...

Laissez un commentaire :

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Mobile Sliding Menu