David Guetta : Entre religion et sexe, par Cécile Guthleben

dans Culture et Société

 

Le célèbre DJ David Guetta s’est produit samedi soir au théâtre de plein air de Colmar dans le cadre du Festival de la Foire aux vins. Déjà présent en 2009 et 2010, il a nouveau mis le feu à une salle pleine de 10 000 clubbers surchauffés.

Un show de David Guetta, pour les 10 000 spectateurs présents samedi à Colmar, ça se vit. Ça se vit à fond. Bras tendus vers l’idole, yeux parfois clos, le rythme et les basses qui font trembler le cœur et le corps. Mais pour moi, qui me trouvait là en tant que journaliste et qui déteste ce genre de musique, je me suis retrouvée dans une position d’observatrice étonnée et interloquée. Car un show de David Guetta peut aussi être vu d’un point de vue sociologique, et c’est là que ça devient intéressant.

Ces 10 000 spectateurs étaient venus pour danser, mais peut-être aussi et surtout pour voir David Guetta. Le DJ star est une icône. Car, soyons honnête, il ne mixe rien du tout. Il passe des disques, enchaîne les tubes sur lesquels il a posé son nom mais dont le mérite revient aux artistes dont on entend les voix. Mais c’est une musique populaire, qui plait à tous. Les spectateurs se réunissent dans une transe collective, une sorte de communion qui efface les couleurs, les milieux sociaux et les âges. Le show de Colmar se déroulant dans une salle de spectacle en amphithéâtre, les 10 000 spectateurs sont tous tournés vers la scène, n’ayant d’yeux (dieu ?) que pour David Guetta. Le parallèle avec une grand-messe, voire une secte, n’est pas loin. David Guetta, en grand prêtre/gourou, lève les bras au ciel et son public l’applaudit. Depuis la tribune haute qui surplombe le théâtre, le point de vue est idéal pour observer l’ensemble. Le sol vibre sous les sauts des clubbers, le métal de la structure vibre lui aussi. Ça vous prend au cœur.

Mais au-delà de la dimension quasi religieuse, apparait une dimension sexuelle. Le show de David Guetta de samedi soir avait des airs de coït. C’est le DJ qui a le pouvoir sur ses spectateurs, qui ne demandent que ça. Ils crient quand il s’arrête, et encore plus fort quand il recommence. Guetta, derrière ses platines, prend un malin plaisir à faire crier ses foules, à les tenir en haleine. A voir le visage de Guetta sur les écrans géants, sourire ébahi et hébété, on a parfois même l’impression qu’il va jouir tant son visage se déforme. Le sexe est aussi partout dans la salle. Les corps se frôlent, se touchent. Des couples se forment partout, s’enlacent et s’embrassent goulument, ondulant au rythme de la musique. Les basses, à la cadence lancinante appellent aussi la rythmique d’un rapport sexuel. Pour couronner le tout, doit-on rappeler le nom des soirées organisées par le couple Guetta à Ibiza : Fuck Me I’m Famous…

Entre religion et sexe, David Guetta ne semble pas vouloir choisir et au contraire cultiver cette dualité. Mais les spectateurs présents en ont-ils conscience ?

Cécile Guthleben.

Crédit photo : Vanessa Meyer Wirckel / Journal L’Alsace

Quelques mots sur l’auteur :

Cinéphile à la plume vengeuse Cécile Guthleben n’hésite jamais à faire part de ses coups de coeur et de ses coups de gueule. Vous pouvez aussi la suivre sur Twitter ici : Clic, clic, clic.

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One commentOn David Guetta : Entre religion et sexe, par Cécile Guthleben

  • Arthur Devriendt

    Bonjour,

    Votre article me fait penser à l’ouvrage « Techno, le son de la technopole » écrit par le collectif « Pièces et mains d’oeuvre ». Malheureusement avec les mêmes raccourcis et approximations… (voir mon compte-rendu de cet ouvrage à l’adresse suivante : http://lectures.revues.org/5213)

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