L’info dans « La Nouvelle Edition » : sur place ou à emporter ? par Amandine Dayre

dans La Nouvelle Edition Canal+, Medias, Télévision

Pendant plusieurs semaines, le Semioblog analyse La Nouvelle édition, diffusée en clair sur canal + à 12h20. Aujourdhui, cest à Amandine de décrypter la manière dont est traitée lactualité chaude tout au long de l’émission. Attention, ça brûle !

Je vais être franche : j’ai découvert La Nouvelle Édition il y a seulement quelques semaines. Quelques années auparavant, j’étais une habituée du JT de 13 heures sur TF1, déjeuners avec la grand-mère oblige. Autant dire que je suis passée d’un monde à un autre : alors que Jean-Pierre Pernault fait la part belle pendant plus de vingt minutes au marché de Montigny-en-Gonelle ou aux apiculteurs en détresse du Gers, à La Nouvelle Édition, l’ambiance, et surtout le traitement de l’information, diffèrent totalement.

Un format adéquat

En 1h40, La Nouvelle Édition a le temps pour explorer chaque soubresauts de l’actualité. Si l’émission sait jongler entre nouvelles chaudes et informations secondaires (voire complètements décalées, comme en attestent les news autour de Justin Bieber ou des derniers buzz d’Internet), elle n’hésite pas à développer son fil rouge autour d’une seule et même actu, la plus importante du jour.

Cette prépondérance s’observe tout d’abord en termes de hiérarchisation. Le titre principal est chaque fois annoncé en premier dans le sommaire (bien qu’il ne soit véritablement abordé qu’à partir de la seconde partie), de même qu’Ali Baddou revient régulièrement sur ce temps fort, que ce soit en « teasant » autour de l’arrivée des invités ou en faisant fréquemment le lien entre les sujets transversaux. Et qui dit au sommet de la hiérarchie, dit aussi massif en terme de durée, et ce autant que le chignon de Julia Molkhou ! Ainsi, le sujet principal occupe en moyenne un tiers, voire la moitié du JT pour les nouvelles exceptionnelles, comme ce fut le cas aux lendemains des premiers et seconds tours des municipales (ce thème a d’ailleurs occupé 1h15 du total de l’émission du 31 mars). Le temps consacré à l’info brûlante n’oscille que très rarement en dessous des cinq minutes, tandis qu’à l’inverse, il est rare qu’un sujet secondaire, plus léger tel que l’actualité sportive notamment, dépasse les deux minutes d’antenne. Mais cette prédominance du sujet principal est bien évidemment morcelée.

Un sujet traité sous toutes les coutures

Outre le JT d’Émilie Besse, le titre quotidien est présent à de nombreux moments de l’émission : annonces et retours pub, clins d’oeil, opinions, zapping, météo, invité(s) du jour ou chronique de Nicolas Domenach… Tous les prétextes sont bons pour parler de LA news ! Une conséquence du partenariat avec I-Télé, symbole de la redondance de l’information?

N’empêche que l’actualité chaude n’est pas seulement « recyclée » dans chaque parties de l’émission, elle est aussi et surtout analysée sous tous les angles. Bien que le sujet soit d’abord dévoilé de façon purement informative, on change ensuite régulièrement de point de vue, que ce soit dans le JT ou le zapping, pour parvenir à étudier l’événement sous l’angle de chaque protagoniste : en plein imbroglio autour des « errances » de Christiane Taubira à propos des écoutes de Nicolas Sarkozy, un reportage était centré sur elle, tandis qu’un autre s’axait sur l’actuel chef de l’État et qu’un dernier, enfin, décryptait le bénéfice tiré dans cette affaire par Alain Juppé. Un habile jeu de rôle en somme.

L’info est aussi étudiée de manière transversale : l’émission fait appel aux talents de chaque membre de l’équipe pour donner un éclairage particulier. Ainsi, il n’est pas rare de voir Anne-Elisabeth Lemoine faire le lien avec sa thématique des médias lorsque l’actualité le permet. Ali Baddou, lui, s’autorise régulièrement quelques clins d’oeil pour revenir  à chaque fois sur le thème central. La diversification de l’information sous toutes ses formes.

De la détentemais surtout, beaucoup de sérieux

Dans La Nouvelle Édition, on rigole pas mal, y compris lors des thèmes sérieux. Les chroniqueurs vêtus de bleu au lendemain de la vague UMP après les Municipales ? On fait le lien et on en plaisante ! La Miss Météo mimant un sketch, telle une élue en plein discours devant affronter les huées de la foule ? C’est pile dans l’air du temps! En clair, l’équipe sait également parler des sujets plus légers dans cet océan de mines graves. Ainsi, le zapping tangue entre les allocutions officielles de Jean-Marc Ayrault et le phénomène du « selfisoloir ». Car dans l’émission de la mi-journée de Canal+, traiter l’information chaude relève aussi d’une question d’image : celle d’un individu cool et à la pointe de l’actu.

Néanmoins, le programme sait cultiver son côté appliqué, en attestent les nombreuses traces d’énonciation laissées par les journalistes et l’animateur. Ces derniers arborent des mines sérieuses, appuient sur les mots les plus percutants, n’hésitent pas à laisser paraître leur étonnement, voire leur mécontentement. C’est fréquemment la posture adoptée par Ali Baddou, qui se place en vulgarisateur de l’information du jour : de part ses remises en contexte, ses explications simples, il permet aux téléspectateurs de comprendre rapidement les tenants et les aboutissants de l’événement.

Mais pour qu’une information soit légitime, à l’heure où la parole des experts fait foi dans les médias, il faut des invités de prestige. Ces derniers, pointures dans leurs domaines, apportent une plu-value et valorisent le programme. Les intervenants véhiculent une image d’action de la part de La Nouvelle Édition, en quête de scoops, mais aussi de sujets de fond, comme ce fut le cas avec la présence de Fabrice Lhomme dans les jours qui suivirent la polémique autour de la mise en écoute des conversations de Nicolas Sarkozy. L’émission veut chaque fois aller plus loin, approfondir le débat. La Nouvelle Édition est une émission qui sait réfléchir dans l’urgence du direct.

En bref, si cette redondance peut paraître rébarbative dans la durée, il faut bien garder à l’esprit que le programme n’est pas conçu pour être regardé du début jusqu’à la fin. Ainsi, l’émission est pensée pour que chaque téléspectateur prenne connaissance, à un moment ou un autre, de la dernière news importante de la journée. À midi, on reprendra donc de l’information cuite à point. Mais avec modération, s’il vous plaît.

Amandine Dayre.

Amandine Dayre est étudiante en Sciences de l’information et de la communication à l’université d’Avignon. Vous pouvez la suivre sur Twitter par ici : @MlleMaaandy


 

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