« Rester vivant », escapade poétique en apesanteur

dans Fest. Avignon 2014, Medias

« Vous n’avez pas peur du noir ? » C’est avec cette question somme toute légitime qu’Yves-Noël Genod, interprète de Rester vivant, nous accueille à l’entrée du théâtre La Condition des Soies. Visuellement, Genod semble tout droit échappé d’une représentation du Rocky Horror Picture Show et c’est là tout le paradoxe, puisqu’il va s’employer à cacher cette apparence flamboyante à travers le principe de son spectacle : réciter des poèmes de Baudelaire dans le noir le plus total.

N’ayant pas, à la base, une inclinaison particulière pour la forme poétique, je comptais sur ce parti-pris inhabituel pour insuffler une dimension inattendue à l’expérience, voire même un véritable jeu sur la forme scénique. Et lors des premiers moments surprenamment déstabilisants, lorsqu’une impénétrable obscurité s’abat sur la salle, je fus servi. On se retrouve les sens en alerte, jonglant entre émerveillement et oppression, à l’affut de tous les possibles. Hélas, pendant une large partie du spectacle, ce postulat de base reste posé, mais pas réellement exploité : Genod déclame, raconte quelques anecdotes hors-personnage qui cassent un peu abruptement la sensation d’irréel de la situation, se promène tranquillement dans la salle… et c’est à peu près tout. Peut-être me suis-je lancé dans Rester vivant avec de mauvaises attentes, espérant de l’expérimentation là où Genod promet simplement un voyage contemplatif, porté par un état d’écoute optimal.

Malgré cette déception relative, le charme a toutefois fini par opérer. Dans cette bulle coupée du monde, le temps a semblé se ralentir, baigné dans une sorte de quiétude mélancolique. On sent Genod absolument sincère, très respectueux vis-à-vis de son public et de son art, ce qui ne peut rendre la démarche que touchante, quel que soit le rapport entretenu par le spectateur avec la forme poétique. Dans la dernière partie du spectacle, l’interprète se met à allumer des spots qu’il répartit solennellement à différents endroits de la salle, afin de recréer progressivement une passerelle avec le monde extérieur. À l’image du reste de l’expérience : tout en douceur.

François Theurel

Rester vivant, jusqu’au 27 Juillet à 19 h à la Condition des soies : clic, clic, clic.

Quelques mots sur l’auteur :

Après avoir étudié les rapports entre diffusion numérique et cinéma à l’Université d’Avignon, François Theurel s’est mis à faire des chroniques  de films de genre sur Youtube sous le sobriquet du Fossoyeur de Films. Ayant affuté son coup de pelle, il revient ce Juillet dans la Semioteam pour nous parler de théâtre.

https://twitter.com/FrancoisTheurel

http://www.youtube.com/user/deadwattsofficiel

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