France 3, un membre de la famille

dans Medias, Télévision

Entre le 6 et le 8 Janvier 2015, dans le cadre de mon cours de sémiologie, mes étudiants de Master 1 « Publics de la culture et communication » de l’Université d’Avignon ont étudié l’identité de plusieurs chaînes de télévision (TF1, France 2, France 3, France 5 et M6).

Aujourd’hui : France 3 par Stéphane Domengès, Carole Faure et Laureen Fuser.

La troisième chaîne vous aime.

Chaîne publique, culturelle, régionale, mais surtout le premier anti-dépresseur audiovisuel : France 3 propose un vrai service public.

Depuis sa création la chaîne revendique sa vocation régionale, avec des slogans proches du téléspectateur, presque bienfaisants, et des informations ciblées sur le local. On s’attend presque à voir Jean-Pierre Pernaut ( TF1 ) au 13 heures (oui mais Jean-Pierre, il aime TOUTES les régions). La culture transpire jusque dans les programmes de divertissement, qui, après plus de 20 ans de programmations, semblent incrustés dans le téléviseur.

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En 25 ans, « Questions pour un champion » n’a pas pris une ride, et Julien Lepers non plus : toujours le même présentateur, presque toujours le même visuel,  les mêmes règles, même musique, même voix off. L’émission marche et pourtant, si ce n’est l’aspect question-réponse, elle n’a pas grand-chose à voir avec les divertissements des chaînes concurrentes : décor et  musique sobres, pas de place au hasard, pas de blabla inutiles : on entre dans le jeu et les questions nous assaillent. Tout ça pour des sommes gagnées non astronomiques lorsqu’on considère le mérite qu’elles ont requis. Le participant a répondu : vous n’avez pas eu le temps de comprendre la question (et pour cause, soit Julien a parlé trop vite, soit il n’en a pas dit assez). Jeu intellectuel, jeu de rapidité, une formule qui fonctionne comme celle des chiffres et des lettres.  Les participants à « Questions pour un champion » ressemblent aux membres d’une grande famille ou d’un grand club, une classe populaire cultivée mais sans prétention. Le tout est porté par un animateur chaleureux, qui sait s’intéresser à ses participants sans en devenir exubérant ou intrusif.   Son naturel, sa voix chantante, ses grands gestes : il s’amuse avec ses participant, il “joue” avec eux ! (qui appuient 15 fois sur leur buzzer jusqu’à ce que Julien crie leur nom). Il y a quelque chose de convivial, un aspect « jeu de société en live ». Les questions sont trop compliquées ou les participants trop intelligents : on s’amuse les 5 premières minutes à voir Julien gesticuler, puis on se rappelle un grand père fidèle à l’émission.

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Les autres programmes de divertissement ne sont pas en reste. En dehors du célèbre et éternel « Des chiffres et des lettres », autre monstre sacré, les deux « petits nouveaux », Slam et Harry, semblent exprimer un élan de modernisme. De nouveaux décor, de jeunes animateurs, même un petit robot (si,si). Mais au final, on joue encore au scrabble version audiovisuel et on s’instruit, toujours.

Programmes culturels donc, jusque dans le divertissement. France 3, c’est un peu notre maîtresse d’école à tous. Mais la ligne de front de la chaîne, c’est l’esprit communautaire. France 3 rassemble et s’invite chez nous, traverse l’écran pour s’adresser directement aux téléspectateurs, et ça marche. Les clubs « Questions pour un champion » fleurissent dans toute la France, le fan club de « Plus belle la vie » est un mouvement national qui dépasse largement les frontières du vieux port. Le secret : des présentateurs « copains », à l’écoute des candidats et des téléspectateurs, et des fictions qui parlent à tous, en badigeonnant les grandes questions de société d’optimisme et de compassion. Julien Lepers joue avec nous, nous pointe du doigt  à travers la paroi de l’aquarium, nous invite chez lui, et s’invite chez nous. Les personnages de « Plus belle la vie » sont un exemple de diversité, et multiplient les messages d’espoir sous fond de cris de mouettes. Des clichés marseillais qui se limitent au vieux port et au chant des cigales, mais qui parlent à tout le monde, avec un coté attachant (la misère est moins pénible au soleil paraît-il…). Le téléspectateur vit au même rythme que les personnages, se pose les mêmes questions, et leurs réponses rassurent et débordent de bons sentiments.

En effet, sur France 3, la vie est belle. Les couleurs sont chaleureuses, les discours amicaux, et les fictions édulcorées. « Famille d’accueil », dans le même esprit que « Plus belle la vie », ne recule pas devant les sujets qui fâchent, les grandes questions de société. La  série expose problème social sur problème social, mais pas d’inquiétude, il y a toujours un « happy end », le monologue larmoyant qui nous redit que « oui, la vie c’est pas du kiwi, mais ça vaut le coup quand même », et ça fait du bien.

Des programmes qui vivent avec le téléspectateur, lui parlent, et le touchent. France 3, c’est donc aussi notre psy personnel, notre coach de vie/ copain de bistrot/ maîtresse d’école/ voisin de palier… Bref, un ami qui vous veut du bien (enfin… plutôt celui de vos parents ).

Stéphane Domengès, Carole Faure et Laureen Fuser.

Demain : France 5

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