M6 : l’espoir dans l’adversité

dans Medias, Télévision

Entre le 6 et le 8 Janvier 2015, dans le cadre de mon cours de sémiologie, mes étudiants de Master 1 « Publics de la culture et communication » de l’Université d’Avignon ont étudié l’identité de plusieurs chaînes de télévision (TF1, France 2, France 3, France 5 et M6).

Aujourd’hui : M6 par Clotaire Jacquier, Jeanne Bernard, Justine Ducos et Chloé Saulas.

M6

Mercredi 7 janvier 2015, midi. Une centaine de milliers de téléspectateurs regardent un programme de divertissement sur « la petite chaîne qui monte ». La série américaine sera bientôt remplacée par un 12.45 sous le choc, à l’image des français : le siège du journal satirique Charlie Hebdo a été visé en fin de matinée par des tirs d’arme automatique. Alors que le bilan est encore incertain, M6 propose en une de couvrir l’événement en direct, avant de passer au reste de ses sujets. Depuis les faits se sont précisés – bien que difficiles à avaler – et les citoyens libres du monde entier font le deuil de l’hebdo mais pas de Charlie, immortalisé. Dans un cadre aussi amer, douloureux, comment une chaîne généraliste s’adresse-t-elle à ses téléspectateurs ?

Un dispositif exceptionnel

M6 a revu son discours tout d’abord visuellement, et de manière permanente, en barrant son logo d’un bandeau noir. On a pu également voir apparaitre en bord d’écran l’image de Joachim Roncin, « Je suis Charlie », devenue l’emblème d’un combat dans les villes et sur les réseaux sociaux.

Les journaux télévisés proposés par la chaîne ont aussi été profondément impactés. Le 19.45, relayant quotidiennement un condensé d’informations générales en 23 minutes, a fait place le soir de l’attentat mais également le lendemain à une édition spéciale d’une durée double. Tous les faits et interrogations ont été rapportés aux français, dans un climat morose et un ton respectueux.

L’esprit M6, en filigrane

Un français rentre du travail à 18 heures jeudi 8 janvier, il allume son poste de télévision. Comment l’institution M6 s’adresse-t-elle à lui, la grille et la manière de l’aborder ont-elles changé ?

La promesse de la chaîne est d’être proche de ses téléspectateurs, se montrant comme une amie drôle et avisée, amusant mais conseillant aussi ses publics. En cela, l’identité de M6 et sa programmation sont restées intactes.

Le début de soirée commence par le divertissement quotidien Les reines du shopping, en access depuis le 5 janvier de 17h35 à 19h40. Cinq femmes se lancent dans une compétition de shopping avec un temps et un budget limités, sous la tutelle de l’experte en stylisme Cristina Cordula. Instructive pour certains, drôle pour d’autres, l’émission rassemble autour des valeurs de M6 avec des candidates ordinaires, une dimension coaching et une évaluation constante.

Le spectateur, désireux d’oublier un instant une actualité indigeste se fera vite ramener à l’ordre : dans toute sa bonne volonté, la chaîne diffuse un épisode où une candidate se nomme Charlye, créant un malaise bien visible sur la toile :

Twitter

(Cliquez sur l’image pour l’agrandir)

M6 est traditionnellement marquée d’un « effet miroir », renvoyant aux publics leur propre image, rassurante. Mais aujourd’hui, l’écart entre la bonne humeur de la chaîne et l’angoisse de ses téléspectateurs est trop grand.

À 19h45 le JT, bien que très solennel, affiche les couleurs de la chaîne. La dimension coaching apparaît lorsqu’un intervenant vient rapporter comme d’habitude une question des téléspectateurs. Il s’agit ici de savoir comment parler des attentats à son enfant. Au sein d’un dispositif inédit, M6 continue de conseiller ses publics en s’adaptant à leur quotidien.

Paratexte

Un élément intéressant à analyser est également le paratexte : là où s’exprime la chaîne en dehors du poste de télévision.

Les réseaux sociaux sont en effervescence. Les téléspectateurs expriment leur stupeur ; les présentateurs vedettes déjà proches de leur public deviennent plus transparents encore. « Atterrir et découvrir l’horreur », confie Alex Goude.

Les programmes de télévision, souvent publiés une semaine à l’avance, sont en parfait décalage avec une actualité qu’il aurait été impossible de prévoir.

Zapper ou rester ?

Il est difficile dans ces circonstances de savoir quoi attendre des médias, mais aussi de nous-mêmes. Doit-on tout arrêter, ou continuer sans relâche dans la direction que nous nous sommes fixés ? Il y a toujours cette tension entre rire au risque de passer pour indélicat, se taire au risque de baisser les bras.

M6, comme toute chaîne a son identité propre, une promesse qu’elle a tenue malgré les événements. Elle a rempli son rôle fondamental de médium dans la diffusion de l’information officielle, selon la demande de la préfecture de police.

Elle a continué toutefois à s’exprimer à sa manière, n’oubliant pas pour autant ce qu’il s’est passé et ce qui reste à faire. Rester muette, figée, baisser les bras, aurait été à l’encontre du combat de Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski, et des sept autres femmes et hommes morts pour la liberté d’expression.

« M6, c’est vous ». La chaîne est à l’image des français : en deuil, continuant à vivre pour la mémoire des martyrs tombés au champ d’honneur.

Clotaire Jacquier, Jeanne Bernard, Justine Ducos et Chloé Saulas

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