Les Ch’tits : On critique, mais on clique, par Jeanne Romestant

dans Télévision

Ouvert aussi aux « sémiologues en herbe », le Semioblog diffuse des courtes analyses d’émissions de télévision. Aujourd’hui, Jeanne Romestant nous parle des « Ch’tis » sur W9.

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La série-réalite, on aime à la détester. Les voir crier, s’embrasser, rire et se sauter dessus, sans se mentir, ça nous fait rire.

Le « choc des cultures »

« Les Ch’tis » est une série-réalité française diffusée sur W9 depuis 2011. Elle compte à ce jour six saisons et trois éditions spéciales. Ce programme est produit par Alexia Laroche-Joubert via la société Banijay Productions France. Cette émission est diffusée pendant l’access : entre 18 heures et 20 heures du lundi au vendredi, ce qui permet de cibler un jeune public qui rentre de l’école et qui s’installe directement devant la télé. C’est un programme qui requière une attention totale aux sons et aux images. Il est déconseillé au moins de 10 ans. Cette série réalité a accumulé une moyenne de 370 000 téléspectateurs en France. Elle nous fait suivre les péripéties de neuf à dix candidats de la région Nord-Pas-de-Calais et de Belgique à travers le monde. En effet, chaque saison correspond à un lieu d’accueil différent : Ibiza, Mykonos, Las Vegas, Hollywood, etc. L’émission se base donc sur un choc des cultures entre l’origine des habitants et leur destination. Chaque protagoniste de l’émission doit s’accomplir dans un domaine, que ce soit la danse, la chanson, la comédie, la mode…

Il est nécessaire de définir le terme de série-réalité qui diffère (du moins pour la production) d’une télé-réalité. Pour la productrice Madame Laroche-Joubert «ce n’est pas du tout la même dialectique qu’une télé-réalité. Il n’y a pas de candidats, mais des héros. L’écriture du programme correspond à une écriture fictionnelle, mais il n’y a ni script ni dialogue.Le casting était très ciblé parce qu’on savait l’histoire qu’on voulait raconter : des stars de la nuit du Nord qui partent à la conquête d’Ibiza. Mais après ça, les personnages vivent leur vie.» Par quels moyens le programme des Ch’tits permet-il aux ménages de s’attacher à des péripéties vécues par des « marionnettes ambulantes » ?

« On va envoyer du lourd ! » 

Analysons le générique des « Ch’tits Dans La Jet Set » : La durée de celui-ci est de 00: 04:55, ce qui lui permet de contenir beaucoup d’informations. Il peut se découper en trois axes : le premier expliquant le concept et les promesses de l’émission (00:02:36), le second présentant les différents « personnages »(00:01:94) et le dernier que nous pouvons inclure dans le générique rappelle aux téléspectateurs le résumé des épisodes précédents pour leur permettre de mieux comprendre ce qui va suivre (00:01:22).

Dans ce premier axe, une voix-off explique le concept de l’émission : « Cela fait maintenant plusieurs semaines que les ch’tits se sont installés à Marbella, un lieu unique où la jet set du monde entier se retrouve chaque été pour faire la fête jusqu’au bout de la nuit […] Jour après jour vous allez vivre avec eux et partager leurs histoires ! ». Cette partie est fixée sur fond d’images mouvantes des candidats dont certaines répliques nous sont révélées comme pour nous faire languir : « On va envoyer du lourd, c’est la jet set, on y va ! » (Gaëlle, candidate). Des scènes inédites comme par exemple de violentes disputes nous sont montrées sans que le spectateur en connaisse la cause, ce qui l’incite à regarder.

Dans le deuxième axe, on nous présente les différents personnages sur la musique : « you’re welcome to Ibiza » de Tom Wills dont tous les droits sont réservés au groupe M6 & W9. Celle-ci permet un enchaînement rapide des plans grâce à son tempo. Les Ch’tits sont présentés en premier, suivis des belges. On peut voir pour chacun d’entre eux un premier plan d’ensemble mouvant puis deux plans rapprochés parallèles de ce même personnage. Sur un des plans mouvants figure le nom ainsi que le métier de celui-ci. Souriants, les personnages sont montrés sous leur plus « beau visage ». A la fin de ces « présentations » un plan d’ensemble de tous les personnages réunis nous est montré suivi d’un plan composé du titre de l’émission.

Dans un troisième axe, nous pouvons voir le résumé des épisodes précédents permettant aux spectateurs de resituer l’intrigue. Le son provient principalement des personnages bien que certaines musiques de fond viennent parfois étayer les images reçues. La lumière est « tamisée » comme pour donner un effet de « retour en arrière ». En bas nous pouvons trouver un encadré jaune en réserve où il est écrit « Dans les épisodes précédents… ». Le logo du titre se situe durant toute la durée du générique en bas à gauche de l’écran ce qui crée durant cette partie un contraste de quantité avec l’encadré.

Une possible identification aux « personnages » 

Nous pouvons nous demander ce qui fait le succès de cette émission. En premier lieu, il s’agit du casting qui recrute des personnages atypiques pour permettre de représenter le stéréotype « des gens du Nord ». Nous pouvons étayer cet argument avec le cas du candidat Christopher qui a une élocution particulière et dont les paroles sont sous-titrées pour permettre une bonne compréhension de ses dires aux téléspectateurs. Pour illustrer mes propos voici une vidéo qui démontre l’image que renvoie le candidat aux téléspectateurs grâce à sa façon de parler : www.dailymotion.com/video/xll8cg_christopher-le-ch-ti-qui-massacre-la-langue-francaise_tv.

Ces candidats peuvent être qualifiés comme étant « haut en couleur » et sont choisis de manière à provoquer le rire chez les téléspectateurs qui regardent l’émission. Chacun d’entre eux à un aspect différent, que ce soit physique ou moral, ils ne se ressemblent pas, ce qui leur permet d’ajouter leurs « touches d’originalité » au programme. Ensuite, nous pouvons affirmer que ce type émission « série-réalité », est  appréciée du téléspectateur. Ici, les candidats ne sont pas enfermés dans une maison mais vivent en communauté dans une grande villa où ils sortent, travaillent, s’amusent. L’émission « Les ch’tits à Hollywood » à d’ailleurs reçu aux Lauriers TV Awards, le Lauréat de la «Meilleure télé-réalité de vie en communauté ». Le téléspectateur peut donc plus facilement s’identifier à ce genre de vie, bien que le lieu de destination présenté n’est pas aussi « paradisiaque » que le sien. Mais peut importe, cet aspect lui permet de rêver, d’imaginer ces occupations propres si il s’y trouvait lui aussi (Que fairait-il ? Qui aimerait-il ? etc).

En effet, grâce à ce procédé qu’est la série-réalité, on perçoit la complicité, les tensions et vivons les aventures avec les candidats, ce qui permet aux téléspectateurs de se projeter dans l’émission. Celui-ci connaît les candidats et se les approprie à sa manière, selon ses croyances et valeurs. C’est donc ce lien durable qui permet de fidéliser le téléspectateur. Chaque année d’anciens Ch’tits reviennent pour de nouvelles aventures et de nouveaux arrivent. Le téléspectateur ne se lasse donc pas puisqu’il y découvre une nouvelle destination, de nouveaux candidats, de nouvelles activités, de nouvelles tensions, de nouvelles affinités etc.

L’importance des réseaux sociaux

Dans Les Ch’tits à Hollywood la « bookeuse » (personne chargée de trouver des métiers aux candidats grâce à ses contacts) était Paris Hilton (comme vous pouvez le voir sur la photographie), ce qui a évidemment favorisé les audiences. Il peut aussi être important de rajouter que le fait que les candidats possèdent  Snapchat, Twitter ou Facebook permet aux téléspectateurs de se sentir d’avantage proche de lui, comme son ami, son égal.

Nous pouvons aussi nous questionner sur les promesses de l’émission ainsi que sur les attentes du téléspectateurs envers elle. Pour analyser ceci nous allons nous appuyer sur les Ch’tits Dans La Jet Set. Comme l’indique le titre de cette sixième saison, les Ch’tits vont devoir vivre dans un monde de luxe et de paillettes, ce dont ils n’ont évidemment pas l’habitude. Le téléspectateur va donc trouver cela intéressant de voir comment la famille du Nord  va pouvoir se faire une place dans ce milieu. Pour les aider a y parvenir, les candidats ont suivi des cours de bonnes manières et c’est un nouveau choc culturel qui est mis en valeur, c’est même tout le concept de ce programme.

De nombreuses disputes plus ou moins violentes vont survenir. Et le téléspectateur adore ça, c’est même ce qu’il cherche en regardant le programme. Mais aussi et surtout, ce dont ils raffolent, ce sont bien entendu, les histoires d’amours. Quelles finissent bien ou mal, elles favorisent l’intérêt de celui-ci pour le programme. Les conflits tout comme les idylles amoureuses créent chez le téléspectateur l’envie de savoir, au fil des saison, comment ceci va évoluer. C’est comme si les candidats se livraient à nous, nous confiant leurs secrets. On se sent complices.

Les promesses sont donc de l’aventure pour les candidats que le téléspectateur suit déjà depuis 3 saisons. Il attend de le retrouver et de le voir évoluer dans un nouveau milieu qui lui est inconnu. Il souhaite retrouver les valeurs et les croyances du Nord, mais surtout ses stéréotypes. Le programme doit donc inventer de nouvelles stratégies d’approches pour les téléspectateurs, mais il doit tout de même veiller à conserver la forme initiale pour que ceux-ci s’y retrouvent (personnages emblématiques, disputes, flirts, travail…) .

Il ne faut pas se leurrer : la série-réalité n’est qu’une déclinaison de la télé-réalité, et cette émission porte en elle toutes les promesses de ce genre qui se décline à foison depuis 2001 en France. Dans le cas des « Ch’tis », le téléspectateur connaît les candidats devenus des personnages. On peut s’identifier à eux, ils sont présentés comme des « gens normaux », qui nous ressembleraient. On peut aussi se moquer d’eux, avoir un avis sur leurs choix ou leurs comportements. Nous sommes face à un divertissement qui offre différents types de réception : de l’identification, de la moquerie, et pourquoi pas les deux ?

Jeanne Romestant

Jeanne Romestant est étudiante en deuxième année en sciences de l’information et de la communication à l’université d’Avignon. Passionnée de médias et de théâtre, elle souhaite plus tard travailler dans le secteur rédactionnel. Vous pouvez la suivre sur Twitter par ici (clic, clic, clic).

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