Un secret bien gardé

dans Fest. Avignon 2015

Il y a des mots-clefs qui résonnent plus que d’autres. Moi par exemple, quand on me dit « Francis Bacon », j’ai tendance à smurfer au plafond d’excitation. Coup de bol, il s’agit de l’une des sources d’inspiration du Secret de la Petite Chambre, comme je l’ai appris, tout ébaubi, lors de l’introduction du spectacle. Je me suis quand même retenu de smurfer sur mes voisins, j’ai le respect de l’expérience collective.

Le Secret de la Petite Chambre est un spectacle de danse contemporaine. NON, REVENEZ S’IL VOUS PLAIT. Lorsqu’il fait une telle chaleur, quoi de mieux que de regarder des gens qui s’agitent plus que vous ?

Le fait est que j’aime me laisser surprendre par des démarches dont je ne sais rien. Or, je ne savais rien de ce spectacle avant d’y mettre les pieds, tout conseillé que je fus par une tierce personne au flair certain. Problème : dans le cas de l’art conceptuel, ça peut s’avérer à double tranchant. L’absence de repères explicites provoque soit une immersion instinctive, soit un décrochage en règle dans les limbes de l’ennui. Fort heureusement, ici il s’agit du premier cas. Vous voyez que vous avez bien fait de rester. Prenez donc un rosé.

Le Secret de la Petite Chambre se compose de trois parties. Trois segments, trois tableaux, trois ambiances. À chaque fois, une danseuse différente, intégralement nue, vient interpréter une sorte de ballet fascinant, à la fois torturé et exalté. Toutefois, la nudité n’est pas ici synonyme de sexualisation des corps, car même si l’ensemble dégage un je-ne-sais-quoi (à dire avec l’accent anglais) d’érotique, il est plutôt ici question de transformation de la chair. À travers les jeux de lumière tantôt sépulcraux, tantôt psychédéliques, les corps des performeuses semblent évoluer dans un espace-temps à part, où l’improbabilité des mouvements et des contorsions provoque une grande sensation d’altérité. Mention spéciale au deuxième segment qui, à ce titre, est proprement époustouflant, tirant presque sur la matérialisation d’une créature tout droit sortie de Silent Hill. Tu le sens bien mon gros Bacon ?

S’abandonner à ce spectacle, c’est plonger dans un Ailleurs à la beauté bizarre et intrigante où la désorientation n’a rien de désagréable : bien au contraire, elle est ce qui permet l’émerveillement. En support, la musique subtile et hypnotisante de Guillaume Feyler, toute en cordes tressaillantes, qui n’a pas été sans me rappeler le score que Jonny Greenwood a signé pour le monumental There Will Be Blood. SPECTACLE, TU NE MARQUES QUE DES BONS POINTS.

Dans la foulée de cette expérience, je suis allé me renseigner sur les intentions à l’origine de cette création. Après avoir lu quelques lignes, j’ai bien vite renoncé : certaines choses gagnent parfois à demeurer uniquement dans la bulle du ressenti direct. Ce n’est pas faute de vouloir intellectualiser les choses, hein, je suis généralement un indécrottable pinailleur à ce niveau. Mais pour ce Secret de la Petite Chambre, c’est une autre paire de manches. Dans un contexte où « sensoriel » et « organique » sont devenus les qualificatifs les plus bateaux pour décrire toute œuvre qui tente de dépasser la simple dimension explicative, voici un spectacle qui rend tout leur sens à ces mots. Je vous invite donc, lecteurs avides de curiosités, à foncer frotter vos perceptions – en tout bien tout honneur – à cette expérience assez incroyable, vierges de tout background (hormis cet article, car à ce stade on peut à peu près considérer que vous l’avez lu). Vous ne le regretterez pas. Et si c’est le cas, c’est pas grave, personne n’est parfait. Vous reprendrez bien un rosé.

Ah et vous savez ? Ce que j’ai dit dans mon premier papier, à savoir annoncer dans chaque article le sujet du suivant. C’était une idée de merde.

François Theurel.

Le Secret de la Petite Chambre, jusqu’au 26 Juillet, à 11 h 50, au théâtre de l’Oulle : clic, clic, clic.

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