Vernissage, ou les masques du quotidien

dans Festival Avignon 2017

 

Un soir, Véra et Michaël reçoivent leur ami Ferdinand pour inaugurer leur nouvelle décoration d’intérieur. Quoi de plus banal finalement ? N’avons-nous pas tous vécu cette situation, et ne nous sommes nous pas tous retrouvés un soir chez des amis afin de fêter leur nouvelle installation ?

Sauf qu’avec cette pièce, Vaclav Havel va bien plus loin : la soirée entre amis bascule dans une sorte de prise d’otage idéologique car ces amis là veulent absolument que Ferdinand pense comme eux, vive comme eux, devienne comme eux.

Il ne faut pas manquer cette pièce pour deux raisons essentielles : le texte, tout d’abord, furieusement moderne et drôle, qui nous interroge sur nos représentations et nos façons parfois étriquées de penser le monde. Ce besoin que nous avons tous parfois de vouloir voir les autres penser et agir comme nous, cette envie de contraindre même les gens que nous aimons. En ce sens, Vernissage nous tend un miroir sur nos travers, nos jugements, et nous prouve que l’enfer peut être pavé de bonnes intentions. La mise en scène ensuite, car Nikson Pitaqaj a su, en épurant le décor et en choisissant des acteurs des justes, proposer une vision très intéressante de la pièce : saisi par les silences et interpellé par les regards des personnages, le spectateur se met à la place de Ferdinand. C’est un théâtre où le public joue un rôle essentiel, pour ainsi dire un « tiers symbolique », toujours interpellé et qui ne peut rester indifférent.

Vernissage est une pièce qui nous montre que l’on peut être seul même si l’on est accompagné, une pièce qui nous questionne sur notre rapport aux autres, qui nous parle de la solitude qu’il peut y avoir même lorsqu’on est avec les autres. Dans le fond, cette belle version de Vernissage dévoile les stratégies et les masques que nous portons chaque jour dans notre vie quotidienne, et dont parle Erving Goffman. C’est une pièce sur le contrôle social et la fragilité de nos interactions, une pièce où l’on rit de ces situations et où l’on réalise qu’en fait, nous rions de nous-mêmes.

A voir jusqu’au 30 Juillet au Pandora à 20 h 40 (relâches les 11,18 et 25 Juillet)

http://www.avignonleoff.com/programme/2017/vernissage-s20162/

Virginie Spies

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