C’est un beau roman, c’est une belge histoire (…)

dans Festival Avignon 2019

(…) que nos voisins d’outre-Quiévrain entretiennent avec Avignon et avec son festival.

Les Belges sont très nombreux au Festival d’Avignon voire même de plus en plus nombreux au fil des années. Pensez que Michael Dufour le comédien qui tient le rôle phare de Faites l’amour avec un Belge depuis 10 ans, participe cette année à son 23festival. Pierre Mathues (La Belgique expliquée aux Français), quant à lui, en est à sa 11année de présence. Les « Sullon », Robert et Alexandra (Plus belge la vie 2019), bien connus des Liégeois d’Outremeuse, mais pas seulement, sévissent également à Avignon depuis longtemps y compris en hiver et ont même assuré un réveillon du jour de l’an au club de bridge !

Depuis deux décennies, les Belges du Off sont passés d’une dizaine de personnes à une cinquantaine de compagnies faisant du contingent nordiste, le pays le plus représenté après la France. Deux endroits stratégiques proposent exclusivement des spectacles belges, dès 2002 pour le théâtre des Doms et depuis 2018 pour l’Episcène. En outre depuis 9 ans, à l’initiative du premier nommé, le 21 juillet, fête nationale du plat pays qui est le leur, les artistes belges remontent la rue de la République et clôturent ce défilé sur la place de l’Horloge en trinquant avec et pour le bon jus de houblon.

L’accent belge est parfois tellement pointu qu’on pourrait y accrocher son pardessus. Le parler belge fait rire le Français autant que le Belge lui-même et si je suis, ici, autant affirmative, c’est que je suis franco-belge soit issue d’une mère française et d’un père belge (personne n’est parfait !). L’accent est souvent volontairement acéré et exagérément amplifié. L’accent belge qui fait le plus rire le Français est celui de Bruxelles, celui qui dit « une fois », « allez ainsi », « je ne sais pas faire » ou « je te dirai quoi ». C’est aussi dans une moindre mesure celui du néerlandophone qui s’exprime dans un français approximatif. Heureusement, la Belgique ne se résume pas à ces caricatures vocales. Il y a en Belgique une multitude d’accents que seuls les initiés peuvent apprécier et dont seuls les intelligents peuvent se moquer.

En Belgique, il y a trois langues officielles, le néerlandais à l’Ouest et au Nord, l’allemand à l’extrême Est et le français à l’Est et au Sud. Le français qu’ils utilisent est, en général, de bonne facture, mais la particularité tient dans le belgicisme (mot, locution ou tournure propres au français parlé en Belgique selon Larousse). Vous trouverez ci-dessous une petite dissertation truffée d’expressions typiques que je vous invite à identifier et à découvrir si le cœur vous en dit (cf. GENION Philippe, Comment parler le Belge et le comprendre [ce qui est moins simple], Points, Paris, 2015).

Parlons belge et des Belges, une fois… pour toutes :

Avignon, en juillet, c’est une sorte de Fancy-Fair, un genre de Ducasse ou de fiesse mais sans Gilles, sans carrousel, sans autos-scooters et sans friterie. Personne n’y fait des cumulets sauf sur le divan et, en général, il n’y a pas de margaille sauf quand les sudistes font trop de leur nez, que les locaux cherchent misère aux étrangers ou que les manches-à-balle sont trop nombreux. On y rencontre quelques zigomards en chemisette, un essuie à la main et le GSM dans l’autre, la gazette du jour sous le bras et des slaches aux pieds qui font la file devant les théâtres parfois même carrément sur les bandes de circulation réservées pour l’occasion aux piétons et aux cuistax. Ils viennent pour la plupart tout juste de quitter les bas collants, mais pour éviter les cloches aux pieds, ils gardent leurs chaussettes même s’ils sont en culotte courte. L’humidité ambiante assurée par les différents brumisateurs fait croller leurs cheveux de derrière alors que ceux de devant plaquent au front. Quand ils se mettent à l’abri dans l’aubette, quand il fait nonante degrés à l’ombre, c’est plus pour se protéger du soleil que de la drache, car par ici l’eau est comme dans un baxter, au goutte à goutte ! Par contre, la pils, en chope ou en pinte, est très prisée et jamais méprisée sauf par certains intégristes de la trappiste ou autres avaleuses de gueuze. Ici, la mousse remplace allègrement le cécémel mais attention à la douffe. Spa, alors ! De fait, c’est très dur pour eux de rester sans boire surtout pendant l’heure de table. Ils se regroupent volontiers autour d’un bon bisteck, d’une carbonnade flamande, d’un sauret ou d’un boulet sauce lapin accompagné de chicons à la mayonnaise et de frites cuites deux fois dans le blanc de bœuf. Ils ne mangent du pain français qu’en tartines ou en pistolets sauf si c’est du cramique. Question gougouilles, ils sont très goulaffes et voyagent toujours les poches pleines de chiklettes, cuberdons, spéculoos, babeluttes ou autres nic-nacs. Quand il porte une vareuse de foot ou un casaquin à tirette, la boutroule souvent à l’air, ils sont trop godiches, mais dites-vous qu’ils sont plus habitués aux frimas de la côte et au gris qu’aux chaleurs azuréennes. Bien souvent, ne disons pas de carabistouille, ils tirent leur plan tout seul et vont toquer de porte en porte pour obtenir des renseignements par la bawette ou des papiers qu’ils conservent religieusement dans une farde. Les plus généreux laissent une petite dringuelle aux serveurs les plus braves ou aux bien gentils surtout quand ils apportent une petite rawette de chips et rajoutent une lichette de pèket. Ils aiment avoir bon, mais ils ont surtout peur de se peler quand ils sont au café. Ainsi, étant très jouettes quand ils voient un kicker dans un coin, ils font ni une ni deux, coupent court et foncent sans clignoteur pour faire une partie endiablée de rouge (aux joues surtout). Vont-ils, si en cas, ramener dans leur plat pays des cacailles ou des tchiniss pour se rappeler les vacances ? Nenni, car souvent c’est déjà le brol dans l’auto et Bobonne n’est pas une femme à journée.

On se sonne, hein, m’chou ?

Allez, grosses baises et à tantôt !

Laure-Hélène Swinnen

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Quelques mots sur l’auteur :

Laure-Hélène Swinnen, alias LH, prépare une thèse sur l’Éducation Artistique et Culturelle au Festival d’Avignon sous la direction d’Emmanuel Ethis, Damien Malinas et Raphaël Roth. Elle dit toujours « oui » aux tracts qu’on lui propose et toujours « non » aux mondains qui disent « en Avignon ». À bon entendeur, bonjour !

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